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Travailler avec une entreprise en redressement judiciaire : ce qu’il faut savoir

Le juillet 23, 2026 - 6 minutes de lecture
visite d'une entreprise

Un client ou un fournisseur placé en redressement judiciaire crée immédiatement une zone d’incertitude pour tous ceux qui travaillent avec lui. Faut-il continuer à livrer ? Les factures impayées seront-elles honorées ? Peut-on signer de nouveaux contrats en toute sécurité ? Ces questions méritent des réponses précises, car les règles qui s’appliquent pendant cette période sont très spécifiques et ignorées d’elles peuvent coûter cher.

Ce que change le jugement d’ouverture du redressement

L’ouverture d’une procédure de redressement judiciaire par le tribunal de commerce produit des effets immédiats sur tous les partenaires commerciaux de l’entreprise. Le plus important est le gel des dettes antérieures : dès le jugement d’ouverture, l’entreprise ne peut plus rembourser les dettes qu’elle avait contractées avant cette date, quelle que soit leur nature. Les fournisseurs, les prestataires et les prêteurs sont placés en situation d’attente et ne peuvent plus engager de poursuites pour obtenir le paiement de leurs créances antérieures.

Un administrateur judiciaire est nommé par le tribunal pour superviser la gestion de l’entreprise pendant la période d’observation, qui peut durer jusqu’à 18 mois. Son rôle est d’évaluer la situation économique et financière, d’identifier les contrats essentiels à la poursuite de l’activité et de proposer au tribunal un plan de redressement viable. Pendant cette période, l’entreprise continue à fonctionner et peut honorer les nouvelles commandes et prestations, mais ne peut pas régler ses dettes passées.

Le sort de vos créances antérieures

Si l’entreprise vous devait de l’argent avant le jugement d’ouverture, vous êtes créancier antérieur. Votre créance est gelée et vous devez la déclarer auprès du mandataire judiciaire dans un délai de deux mois à compter de la publication du jugement d’ouverture au BODACC (Bulletin Officiel des Annonces Civiles et Commerciales). Ce délai est impératif : une créance non déclarée dans les temps est purement et simplement éteinte, même si elle est légitime et documentée.

La déclaration de créance se fait par lettre recommandée avec accusé de réception adressée au mandataire judiciaire dont les coordonnées figurent dans le jugement. Elle doit indiquer le montant de la créance, sa nature (facture impayée, acompte versé, avance sur commande), les pièces justificatives et les éventuelles garanties dont vous disposez (nantissement, clause de réserve de propriété).

Le sort de cette créance dépend ensuite de l’issue de la procédure. Si un plan de redressement est adopté, il fixe les modalités de remboursement : délais, éventuels abandons partiels. Si la procédure aboutit à une liquidation judiciaire, le remboursement des créanciers ordinaires (fournisseurs, prestataires) est aléatoire et souvent très partiel.

Les nouveaux contrats : protégés mais à sécuriser

La distinction entre dettes antérieures et engagements postérieurs au jugement est fondamentale. Tout ce que l’entreprise commande, achète ou contracte après l’ouverture du redressement doit être honoré en priorité. Ces créances dites « postérieures » bénéficient d’un privilège légal : elles sont payées avant toutes les créances antérieures en cas de liquidation. Travailler avec une entreprise en redressement peut donc être sécurisé, à condition que l’engagement soit clairement postérieur à la date du jugement.

Cela implique de prendre quelques précautions concrètes avant de reprendre ou de démarrer une collaboration. Demandez confirmation écrite que le bon de commande ou le contrat est bien signé après la date du jugement d’ouverture. Coordonnez tout litige ou difficulté d’exécution avec l’administrateur judiciaire, qui est votre interlocuteur légal pendant la période d’observation. Évitez de compenser une dette que l’entreprise vous devait avant le redressement avec des livraisons nouvelles : cette pratique est interdite par la loi pendant la période d’observation.

Les risques à évaluer avant de continuer à travailler

Décider de maintenir une relation commerciale avec une entreprise en redressement judiciaire est un choix stratégique qui mérite une évaluation honnête des risques. Environ 40 % des entreprises placées en redressement judiciaire parviennent effectivement à se redresser, selon les données du ministère de la Justice. Les 60 % restants aboutissent à une liquidation, ce qui signifie que vos nouvelles créances, même prioritaires, pourraient n’être payées qu’en partie si l’administrateur n’a pas réussi à rétablir la trésorerie.

Plusieurs éléments permettent d’évaluer la solidité du redressement. La qualité et la réactivité de l’administrateur judiciaire nommé est un premier signal : un administrateur expérimenté avec un bon track record augmente les chances de succès. L’activité réelle de l’entreprise pendant la période d’observation est un autre indicateur : une entreprise qui continue à produire, à livrer et à recevoir des commandes est dans une meilleure position qu’une entreprise dont l’activité s’effondre malgré la procédure.

Les précautions contractuelles à adopter

Si vous décidez de continuer à travailler avec l’entreprise, adaptez vos conditions contractuelles au contexte. Négociez des acomptes ou des paiements à la livraison plutôt que des paiements à 30 ou 60 jours : en cas de dégradation rapide de la situation, les délais de paiement habituels vous exposent à des impayés supplémentaires. Insérez des clauses de réserve de propriété dans vos contrats de fourniture si vous n’en aviez pas auparavant : elles vous permettent de récupérer les marchandises non payées si elles sont encore identifiables dans les stocks de l’entreprise. Réduisez votre exposition en limitant le volume de travail engagé simultanément, pour ne pas dépendre d’un seul paiement important à venir.

Si vous êtes prestataire de services et que l’entreprise ne paie pas une facture postérieure au jugement, signalez-le immédiatement à l’administrateur judiciaire par écrit. Ce dernier a l’obligation de veiller au règlement des créances postérieures, et une relance formelle peut suffire à débloquer le paiement.

Quand arrêter de travailler avec elle

La décision d’arrêter la collaboration n’est pas toujours simple, notamment quand le client ou le fournisseur en difficulté représente une part importante de votre activité. Mais certains signaux doivent vous conduire à vous désengager progressivement. Si l’administrateur judiciaire ne répond plus à vos sollicitations, si les paiements des créances postérieures commencent eux aussi à se raréfier, ou si le tribunal prononce la conversion du redressement en liquidation judiciaire, arrêtez d’engager de nouvelles dépenses pour ce client. La liquidation supprime le privilège des créances postérieures et vous ramène dans la catégorie des créanciers ordinaires, avec les mêmes faibles chances de remboursement que les créanciers antérieurs.

Frédéric

Frédéric a eu l'occasion d'occuper plusieurs postes tout au long de sa carrière en entreprise. Il partage maintenant son expérience pour inspirer les nouveaux entrepreneurs et les aider à développer leur business.

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