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Mettons fin à cinq idées reçues sur le secourisme qui ralentissent les premiers gestes

Le mai 20, 2026 - 6 minutes de lecture
formation en secourisme

Un samedi matin dans un café de Gatineau, un homme d’une cinquantaine d’années s’effondre près du comptoir. Sept personnes le regardent. Personne ne bouge pendant presque deux minutes. La raison? Chacune d’elles, plus tard, dira avoir hésité à cause d’une chose entendue quelque part : « Je pensais qu’il fallait absolument savoir faire le bouche-à-bouche », « J’avais peur de lui briser une côte », « Je croyais que seuls les ambulanciers pouvaient utiliser un DEA ».

Cette scène se répète des milliers de fois par année au Québec. Selon la Fondation des maladies du cœur et de l’AVC, environ 35 000 arrêts cardiaques surviennent hors hôpital au Canada chaque année, et la majorité ont lieu à la maison ou dans un lieu public. Pour chaque minute sans réanimation, les chances de survie chutent de 7 à 10 %. Pourtant, le réflexe d’agir reste freiné par des mythes qui circulent depuis des décennies. Il est temps d’en démonter cinq.

Mythe 1 : sans bouche-à-bouche, la RCR ne sert à rien

Voilà probablement la croyance qui coûte le plus de vies. Beaucoup de gens, mal à l’aise à l’idée de souffler dans la bouche d’un inconnu, préfèrent ne rien faire. C’est un calcul dévastateur.

Depuis plus de dix ans, la Croix-Rouge canadienne enseigne que la RCR par compressions seules est une option entièrement valide pour les témoins non formés ou hésitants. Les études comparant les deux approches chez l’adulte montrent des taux de survie similaires lorsque la réanimation commence dans les premières minutes. La logique est simple : du sang oxygéné circule encore dans le corps de la victime pendant les premières minutes après l’arrêt, et ce qu’il faut, c’est le faire circuler.

Pour un adulte qui s’effondre soudainement devant vous, appelez le 911, démarrez des compressions au centre de la poitrine à un rythme d’environ 100 à 120 par minute, et continuez jusqu’à l’arrivée des secours. Pas de souffle. Pas de doute. Juste des compressions.

La nuance arrive avec les enfants, les victimes de noyade et les cas de surdose d’opioïdes : dans ces situations, l’oxygène est souvent la cause manquante, et les insufflations comptent vraiment. C’est exactement pour ça que la formation existe : pour savoir quelle technique s’applique à quel moment.

Mythe 2 : un DEA risque de choquer quelqu’un qui n’en a pas besoin

Les défibrillateurs externes automatisés intimident encore beaucoup de gens, surtout ceux qui n’en ont jamais ouvert un. La crainte la plus répandue? Que l’appareil envoie une décharge à une victime qui ne souffre pas d’un trouble du rythme.

C’est techniquement impossible. Un DEA analyse le rythme cardiaque de la personne avant chaque choc et ne déclenche la décharge que si une fibrillation ventriculaire ou une tachycardie ventriculaire est détectée. Si la victime a un rythme normal, ou même aucun rythme du tout, l’appareil refuse simplement de choquer. C’est une logique binaire qui ne se trompe pas.

D’ailleurs, les fournisseurs de formation comme Secourisme RCR Plus intègrent désormais l’utilisation du DEA dans presque tous leurs cours, du secourisme général en entreprise aux formations destinées aux éducatrices en milieu de garde. Cela reflète une transformation profonde : le DEA n’est plus un équipement réservé aux ambulanciers, c’est un outil grand public, conçu pour qu’un adolescent ou un septuagénaire puisse l’utiliser sans formation poussée. Les instructions vocales sont en français, claires et chronométrées.

Aujourd’hui, on trouve des DEA dans les arénas, les écoles, les commerces, et même certains logements collectifs. Le ministère de la Santé maintient un registre des appareils accessibles au public dans la province. Plus on les utilise, plus on sauve de vies. Pas l’inverse.

Mythe 3 : on gère un étouffement chez un bébé comme chez un adulte

Cette confusion est dangereuse. La manœuvre de Heimlich, celle des poussées abdominales qu’on voit dans les films, n’est jamais appropriée pour un nourrisson de moins d’un an. Les organes internes d’un bébé sont trop fragiles pour absorber ce type de compression.

La technique recommandée par la Croix-Rouge et reprise dans les cours de secourisme en milieu de garde combine cinq tapes dorsales suivies de cinq poussées thoraciques, le bébé en alternance face vers le bas puis face vers le haut, soutenu sur l’avant-bras du secouriste. La séquence se répète jusqu’à ce que l’objet sorte ou que le bébé perde conscience, auquel cas la RCR adaptée prend le relais.

Cette compétence est l’une des raisons pour lesquelles le ministère de la Famille du Québec exige une formation à jour pour le personnel des services de garde éducatifs. La CNESST applique des exigences similaires pour les milieux de travail où la présence d’enfants ou d’autres populations vulnérables est constante.

Mythe 4 : entendre un craquement signifie qu’il faut arrêter les compressions

Pendant la RCR sur un adulte, il arrive d’entendre ou de sentir un craquement. La réaction instinctive est de paniquer et de relâcher la pression. C’est exactement le contraire de ce qu’il faut faire.

Les fractures de côtes et les cassures du cartilage sont fréquentes lors de compressions efficaces, particulièrement chez les personnes âgées dont les os sont plus fragiles. Les instructeurs répètent souvent une phrase à leurs élèves : si vous n’entendez rien, vous ne poussez probablement pas assez fort. La profondeur recommandée chez l’adulte est d’environ cinq centimètres, à un rythme soutenu.

Une côte cassée se répare. Un cerveau privé d’oxygène pendant six minutes, non. C’est un compromis brutal, mais la priorité reste la circulation. Continuer les compressions, même après un craquement, demeure la bonne décision dans tous les cas où la victime ne respire pas.

Mythe 5 : le secourisme est réservé aux travailleurs de la santé

Voilà probablement la croyance la plus répandue, et la plus fausse. Au Québec, la formation en premiers soins s’adresse à tout le monde : parents, gardiens d’enfants, entraîneurs sportifs, employés de bureau, retraités, adolescents qui veulent un emploi d’été. La Société de sauvetage et la Croix-Rouge offrent des parcours adaptés à chaque profil.

Et l’impact est mesurable. Une victime d’arrêt cardiaque qui reçoit une RCR par un témoin avant l’arrivée des paramédics d’Urgences-santé a deux à trois fois plus de chances de survivre. Or, c’est presque toujours un proche, un conjoint, un voisin ou un collègue, qui se trouve sur place au moment critique. Pas un médecin.

La plupart des témoins ont la volonté d’aider. Ce qui leur manque, c’est la confiance dans leurs propres gestes. Et cette confiance s’acquiert par l’entraînement. Quelques heures de cours suffisent pour transformer un témoin paralysé en quelqu’un qui agit, vite et correctement.

Frédéric

Frédéric a eu l'occasion d'occuper plusieurs postes tout au long de sa carrière en entreprise. Il partage maintenant son expérience pour inspirer les nouveaux entrepreneurs et les aider à développer leur business.

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