Le regard de Jean-François Rapin sur le Brexit

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Sénateur du Pas-de-Calais, membre de la commission des finances et de la commission des affaires européennes, Jean-François RAPIN est également conseiller régional en Hauts-de-France et est très investi sur la problématique du Brexit. Début avril, à la suite de la requête officielle de Theresa MAY, il a lancé un appel au Gouvernement plaidant en faveur d’un report de sortie des Britanniques de l’Union européenne.

Sénateur du Pas-de-Calais, vous avez, à de nombreuses reprises, échangé avec le Gouvernement sur le Brexit. Quels enseignements en tirez-vous ?

Dès 2016, j’ai souhaité alerter le Gouvernement sur les conséquences du Brexit pour les entreprises françaises de pêche. Le précédent Gouvernement m’avait assuré que les intérêts des pêcheurs seraient âprement défendus. Membre de la commission spéciale sur le projet de loi habilitant le Gouvernement à prendre par ordonnance les mesures de préparation du retrait du Royaume-Uni de l'Union européenne, j’ai également été co-rapporteur, au nom de la commission des affaires européennes, sur les liaisons maritimes entre l’Irlande et le continent en cas de Brexit dur. Ce rapport conclut à l’impérieuse nécessité de retirer la proposition de règlement publiée le 1er août dernier par la Commission européenne qui tend à réorganiser les liaisons maritimes avec l’Irlande en négligeant les ports français, notamment ceux de Calais et Dunkerque, d’où parvient aujourd’hui l’essentiel du flux des poids lourds provenant d’Irlande.

Par ailleurs, mon rôle ne s’est pas délimité au périmètre géographique du Sénat. J’ai tenu à rencontrer les acteurs économiques des Hauts-de-France afin de défendre leurs intérêts à l’échelle nationale. Outre mes visites régulières auprès des pêcheurs, j’ai assisté au déplacement du Premier ministre à Calais en janvier dernier. A cette occasion, il chiffra à 50 millions d’euros le montant des investissements à réaliser afin d’anticiper un Brexit dur.

Malgré ces échanges, vous avez souhaité défendre un vœu d’urgence sur le Brexit lors d’une séance plénière au Conseil régional. Quel était l’objectif de votre démarche ?

Ma démarche visait à demander au Gouvernement, au nom de la région Hauts-de-France, de trancher toutes les décisions permettant à la France d’agir en faveur de ses intérêts nationaux mais en bon terme avec les britanniques, peu importe l’hypothèse de sortie retenue par ces derniers. Notre Région s’est mobilisée afin de préparer au mieux ses infrastructures. Or, le Brexit touche l’ensemble de notre territoire national.

En considération de nos relations économiques avec l’Angleterre, il est essentiel de penser au déploiement d’une stratégie unique afin que les ressortissants de nos deux pays, puissent poursuivre leurs échanges florissants. Je prends l’exemple des contrôles sanitaires, et phytosanitaires, des produits importés. La souplesse qui leur est associée doit être préservée dès lors que leurs normes ne changent pas. 30 000 entreprises françaises sont concernées plus au moins directement par le Brexit. Précisons toutefois que les petites et moyennes entreprises ne disposent pas toujours des moyens suffisant pour financer «l’imprévu » associé au Brexit. En outre, comme l’a souligné Xavier Bertrand, nous risquons de subir le manque de préparation des entreprises britanniques à l’éventualité d’un « no-deal ». Pour cette raison, j’ai tenu à demander au Gouvernement de plaider auprès des institutions européennes en faveur d’un report du Brexit.

Quelle analyse faites-vous du report du Brexit, notamment sur les conséquences économiquesde la situation actuelle ?

Je me satisfais de l’augmentation des investissements étrangers en France. Notre pays est destiné à accueillir des entreprises souhaitant s’installer en Europe ou se délocaliser du Royaume-Uni.

Par ailleurs, le report du Brexit est béné- fique pour les entreprises britanniques, qui disposent d’un délai de préparation supplémentaire, mais également pour les acteurs économiques français qui pourront parfaire leurs dispositifs.

Néanmoins, il est important d’avoir en tête que les tumultes décisionnels du Parlement britannique ont incité les douaniers et les vétérinaires français à prendre des dispositions financières afin de se préparer un « no deal ». Si jamais un accord éclôt, ces investissements seraient perdus.