Biogaz : une filière prometteuse à ne pas sacrifier ! par Jean-Louis Thiériot

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Peu connue, la filière de la production de biogaz est pourtant stratégique en termes environnementaux, économiques et territoriaux. Député de Seine-et-Marne, un département où la méthanisation se développe rapidement, Jean-Louis Thiériot fait le point sur la filière appelle à la soutenir avec une volonté politique sans faille.

A l’heure où les préoccupations environnementales et la maîtrise de l’émission des gaz à effets de serre sont essentielles, la filière méthanisation est présentée comme particulièrement vertueuse. De quoi s’agit-il exactement ?

C’est un procédé qui consiste à transformer la biomasse (effluents d’élevage, déchets agricoles, déchets ménagers, boues d’épuration...) en biogaz par le biais de la fermentation. Placée dans un digesteur, elle produit du gaz qui peut soit être utilisé pour produire de l’électricité (cogénération) soit injecté dans le réseau de gaz de ville via les gazoducs (injection de méthane). Les résidus de la méthanisation appelés digestats constituent des engrais azotés de qualité. Aujourd’hui la filière concerne tant les agriculteurs en quête de diversification que les industriels de la filière du déchet et du retraitement.

Que représente aujourd’hui la filière en France ?

Elle en est encore à ses débuts avec 514 installations opérationnelles à comparer au 6 000 méthaniseurs en service en Allemagne. Parmi elles, 330 sont de nature agricole, les autres sont industrielles ou concernent le traitement des boues des stations d’épuration urbaine ou des déchets ménagers. Indépendamment des méthaniseurs proprement dit le secteur compte 430 entreprises et a créé 1 700 emplois. La loi énergie de 2015 prévoyait de porter le nombre d’installations à 1 700 en 2023 avec une production de méthane atteignant 10 % de la consommation de gaz et un potentiel d’emploi de 15 000 postes attendus selon l’ADEME. Hélas, la PPE (programmation pluriannuelle de l’énergie) réduit cette ambition à 7 %. C’est un mauvais signal alors que c’est la meilleure des énergies renouvelables, qui ne dépend ni du vents (éoliennes), ni de l’ensoleillement (photovoltaïque) et qui est aujourd’hui la seule à être stockable.

Quels sont les enjeux écono-miques et stratégiques ?

Outre le gisement d’emploi évoqué c’est toute une filière industrielle qui se met en place autour de la fabrication de digesteur et de pompes d’injections, sans parler des cabinets d’étude spécialisés. Ce sont aussi des diversifications en matière de transport avec le développement du GNV dans les transports collectifs. Pour l’aménagement du territoire, c’est un outil remarquable pour accroître la production locale d’énergie et sécuriser l’emploi, chaque méthaniseur représentant en moyenne 3,5 postes de travail par nature non délocalisables.

En termes macroéconomiques, si les ambitions initiales sont tenues (30 % de gaz vert en 2030), les gains écono- miques seront considérable. La filière évalue les « externalités positives » à 7 milliards au titre de la production de gaz à effet de serre évité, à 14 milliards au titre de la valeur ajoutée économique (VA de la filière et valeur du digestat agricole) et à 6 milliards en termes d’impact sur la balance des paiements (diminution des importations de gaz naturel).

Enfin la production de biogaz représente un atout stratégique majeur. Dans une étude publiée en 2019, l’ADEME estime que la ressource en biomasse permettrait d’atteindre l’autosuffisance en gaz à l’horizon 2050 à un prix comparable à celui de l’énergie électrique (105€ par MWH contre 120 pour l’électricité). Outre les effets bénéfiques sur l’environnement et la balance commer- ciale, c’est l’indépendance nationale vis-à-vis des gros producteurs de gaz (Russie, Algérie...) qui serait renforcée.

En quoi, est-elle un enjeu politique qui justifie une mobilisation ?

Pour se développer, la filière impose le courage politique de choisir. Il faut dire que toutes les énergies ne se valent pas. Aujourd’hui pour la production d’électricité, le nucléaire est irremplaçable. Pour les énergies renouvelables, les biogaz doivent avoir la priorité absolue sur l’éo- lien terrestre ou le photovoltaïque. Le saupoudrage serait mortifère. Maintenir les objectifs initiaux à 10 % du mix gazier à l’horizon 2022 et à 30 % à l’horizon 2030, accepter de maintenir des prix d’achats relativement élevés pour per- mettre à la filière de se structurer, lever les obstacles administratifs qui entravent la mise en œuvre des projets (3 ans), imposer un plan national d’injection sur les gazoducs existant sont une ardente obligation. Le succès de la filière suppose que volonté politique et initiative privée marchent main dans la main.