Stop au mythe de la cagnotte ! par Jean-Michel Fourgous

Bonne nouvelle ! Pour la 1ère fois depuis la crise financière de 2008, la plus grave depuis les années 1930, la France repasse sous la barre des 3% de déficit public, règle fixée par les trai- tés européens, avec un déficit de 2,6% du produit intérieur brut (PIB) en 2017.

Pour autant, même si la Commission européenne devrait ainsi sortir notre pays de la procé- dure pour déficit excessif, pouvons-nous bomber le torse et crier tous en cœur, Cocorico ? Malheureusement, rien n’en est moins sûr... 

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Un effet mécanique

L’Insee souligne en effet que la baisse du déficit est essentielle- ment conjoncturelle : elle s’explique principalement par le retour de la croissance, avec 2% l’an dernier, ce qui entraîne mécani- quement une hausse des rentrées fiscales, notamment de la TVA (+7,6 milliards d’euros), sans une baisse réelle des dépenses publiques. Pis, ces dernières n’ont cessé de progresser.

Elles ont ainsi augmenté de 2,5% en un an, pour s’élever selon Eurostat à 56,4% du PIB, un des records du monde, contre seu- lement 44,2% en Allemagne ou une moyenne de 46,3% en Union européenne...

Une cagnotte ? Quelle cagnotte ?

Dans ce contexte, le plaidoyer de Joël Giraud, le Rapporteur géné- ral du budget à l’Assemblée nationale, pour une redistribution partielle de la prétendue « cagnotte fiscale », plutôt que de l’affec- ter au désendettement, semble être assez risqué...

En effet, comment peut-on parler de « cagnotte » lorsqu’en 2018, les dépenses totales de l’État atteindront 424,7 milliards d’euros, contre 417,4 milliards en 2017 ? De même, comment utiliser un tel terme alors que le déficit de l’État s’élèvera à 82,9 milliards d’eu- ros à la fin de l’année prochaine (contre 76,5 milliards d’euros en 2017), soit une hausse de 6,4 milliards d’euros ?

Des dépenses excessives qui entrainent d’ailleurs une fiscalité, elle aussi, excessive ! Selon l’INSEE, les impôts vont ainsi augmenter de 4,5Mds d’euros en 2018 : les neuf millions de retraités qui connaissent, depuis le début de l’année une augmentation de 25% de leur CSG peuvent en témoigner.

Quant à notre dette publique, elle est passée, de 2016 à 2017, de 2152 à 2218Mds d’euros, ce qui représente une augmentation de 66Mds d’euros ! Résultat, elle frôle les 100% du PIB, en hausse constante, contrairement à de nombreux pays en Europe qui ont, eux, réussi à la contenir, puis à la faire diminuer, parfois de manière spectaculaire, comme en Allemagne, aux Pays-Bas ou en Irlande...

C’est pourquoi, dans l’indifférence générale, certaines voix mettent en garde sur le risque de bombe à retardement financière qui n’a jamais été si près d’éclater. « Attention au réveil douloureux ! », clame ainsi le Président de la Cour des comptes.

Rien qu’en 2018, la France empruntera davantage sur les marchés financiers qu’en 2017 : 200 milliards d’euros, du jamais vu depuis 10 ans ! C’est grave car le jour où les taux d’intérêt remonteront, et ce jour-là finira bien par arriver, notre pays sera pris à la gorge ! L’Etat, en cessation de paiement, ne pourra plus assurer les trai- tements ni les retraites de ses fonctionnaires !

Il est donc temps d’affirmer haut et fort que notre ennemi, ce n’est pas la Finance ! Notre ennemi, c’est la dette !

Alors, comme le suggère très justement l’IFRAP au sujet des dépenses publiques, pourquoi ne pas appliquer un principe de précaution ?

Défendons nos territoires !

C’est pourquoi, face à ce contexte d’incertitude au niveau national, plutôt qu’une redistribution de la cagnotte, beaucoup d’élus locaux tirent davantage la sonnette d’alarme sur la suppression de la taxe d’habitation ! C’est le principe même de l’autonomie de gestion des collectivités locales qui est en danger !

De plus, comment une telle mesure va être financée ? Le risque n’est-il pas que cette taxe soit (une nouvelle fois) remplacée par une énième usine à gaz fiscale ?

Poser des questions sans tabou, écouter nos entrepreneurs qui font le dynamisme de nos territoires ou bien encore proposer des mesures audacieuses... Telle est la mission de « Génération Entreprise – Entrepreneurs Associés » dont cette belle revue porte fièrement l’ambition !

Alors, bonne lecture à tous... et vive l’entreprise !