Repenser la politique économique de la France avec ses outre-mer par Maina Sage

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Consultante en communication, Maina Sage est nommée ministre polynésien du Tourisme et de l’Environnement en 2007 avant d'être élue par deux fois à l’Assemblée de Polynésie française de 2008 à 2017. Elle est élue Députée en juillet 2014. Réélue en juin 2017, elle siègeau sein de la Commission des lois ainsi quede la Commission des affaires européennes.

Quels sont les grands enjeux de développement pour la Polynésie française ?


Les réalités de cette collectivité de 275 000 habitants sont uniques dans la République. En plein cœur du Pacifique Sud, à 8h du premier continent, la Polynésie est en effet composée de 118 îles dispersées sur 5 archipels qui s’étendent sur une surface maritime grande comme l’Europe ; environ 5,5 millions de km2. Notre premier défi est donc de répondre aux difficultés structu- relles que représentent cet éclatement géo- graphique, l’éloignement avec l’hexagone et la présence de micromarchés. Dans ce contexte, les connectivités terrestres, mari- times, aériennes et numériques sont une clé essentielle du désenclavement durable de nos îles. A ce titre, le gouvernement local a présenté, en début d’année, un plan « Smart Polynesia » qui comprend le déploiement de nouveaux câbles sous-marins et de satellites pour un accès généralisé au très haut débit dès 2025.

Au-delà des enjeux internes de développe- ment, le désenclavement de la Polynésie passe par un plus grand ancrage régional. Là est l'avenir de nos territoires ultra- marins en général : sortir d'une relation bilatérale classique "d'assistance nationale" pour envisager de réels partenariats "gagnant-gagnant" avec l'Etat mais aussi avec l'ensemble des acteurs de leur bassin régional respectif.

Enfin, il ne faut pas oublier l’hyper vulnérabilité de nos îles aux enjeux climatiques qui menacent de s'intensifier dans le temps. Il est plus que nécessaire et urgent d'envisa- ger une réponse nationale à la hauteur des enjeux, ce qui passe par un véritable soutien à des politiques solidaires d'atténua- tion et d'adaptation. A ce titre, nous avons défendu la création en 2017 et le maintien en 2018 d'un équivalent Fonds vert dédié au Pacifique (prêts à taux zéro désormais élargis à l'ensemble des Outre-mer).

Que pensez-vous du potentiel économique de la mer ?
Les zones économiques exclusives (ZEE) ultramarines représentent plus de 90% de l'espace maritime français, les deux tiers sont dans le Pacifique et la moitié en Polynésie ; faisant de la France le 2ème domaine maritime au monde. Son potentiel est une évidence encore trop ignorée dans l'hexagone et parfois dans nos propres territoires. Notre premier enjeu est donc de changer les perceptions nationales voire territoriales sur ce sujet. Un premier colloque a été organisé en novembre dernier à l'Assemblée nationale pour promouvoir ces atouts, en partenariat avec le Cluster Maritime Français et la Fédération des Entreprises d’Outre- mer (FEDOM). Nous poursuivrons par des propositions d'incitations à l'inves- tissement dans des projets innovants et durables au profit notamment des populations les plus isolées. Sans oublier son potentiel énergétique, l'océan est un formidable atout pour l'avenir de la Polynésie qui souhaite trouver un équilibre entre développement et préservation. L'une des réponses se trouverait aussi dans la création d'un crédit carbone bleu !

Concrètement, quels outils proposez-vous pour soutenir
le développement économique des Outre-mer ?
Nos territoires, malgré leurs contraintes géographiques et économiques doivent demeurer attractifs. Lors de mon premier mandat j'ai pu œuvrer à la stabilisation d'outils d'aide à l'investissement qui ont été prolongés à 2025. Il me paraît évident aujourd’hui de devoir apporter des garan- ties suffisantes aux entreprises pour leur (re)donner confiance et ainsi faciliter la décision d’investir et d’embaucher dans les Outre-mer. Cela passe par plus de visibilité et de stabilité pour les stratégies et outils de développement, mais aussi par une plus grande efficience des pro- cédures. Une redéfinition des outils est en cours dans le cadre des Assises des Outre-mer. Veillons à ce qu'ils soient à la fois incitatifs, partagés et durables.