Le e-commerce : un danger pour nos commerces mais une chance pour notre économie ? par Jean-François Parigi

Enjeu d’aujourd’hui et véritable défi de demain, la vente par internet bouleverse la vie des acteurs traditionnels du commerce. Cause ou conséquence d’un changement de mode de vie des consommateurs, il est perçu comme l’un des principaux responsables de la destruction des commerces, mais aussi comme le symbole de notre entrée dans l’âge du numérique et de l’innovation. Un symbole dont les effets sur notre société sont bien difficiles à appréhender. 

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La concurrence entre le e-commerce et le commerce traditionnel est-elle vraiment à l’origine des difficultés de ce dernier ? 

C’est indéniable, qu’ils se situent en centre- ville ou en périphérie, nos commerces souffrent. Longtemps, les uns étaient accusés de tuer les autres, et non sans raison. La prolifération à grande vitesse des grandes surfaces en périphérie avait effectivement tendance à vider les centres- villes et donc à nuire aux commerces de proximité. Pour autant, force est de constater que les deux se sont désormais trouvés un ennemi commun : le e-commerce. Véritable révolution pour le consommateur, concurrent féroce pour le commerçant, contribuable irritant pour l’Etat, les effets du e-commerce sur notre société sont pour le moins contrastés. Il faut dire que nous avons su les anticiper que trop peu.

Il est certain qu’en l’état actuel des choses, le e-commerce contribue nettement aux difficultés qu’ils connaissent. La principale raison à cela est la suivante : il correspond au nouveau mode de vie du consommateur qui se déplace de moins en moins pour faire ses courses.

Egalement, sa faible contribution au pro- duit de la fiscalité des entreprises incite les pouvoirs publics, dans le contexte bud- gétaire que l’on connaît, à exercer sur les commerces physiques une forte pression fiscale. Ainsi, la baisse d’activité engendrée par le développement du e-commerce conjuguée à la forte pression fiscale forme un poison mortel pour nos commerces.

Pensez-vous qu’à terme, le e-commerce puisse définitive- ment remplacer nos commerces ? 

Certains diront que la vente par internet ne représente actuellement « que » 8% des achats des français. Mais d’après les dernières estimations, ce chiffre passerait à 15% d’ici dix ans.

Il n’est donc pas trop tard pour sauver nos commerces. Mais une question préalable se pose : souhaite-t-on vraiment sauver nos commerces ? Ou considérons-nous que leur disparition va simplement dans le sens de l’histoire ? Pour ma part, la disparition de nos commerces n’est pas concevable, elle annonce aussi la mort de nos villes ! Et pour l’éviter, chacun des acteurs a un rôle majeur à jouer.

Que proposez-vous pour concilier ces deux modèles de consommation ?

Tout d’abord, l’outil numérique est une chance à la condition que les commerçants s’en saisissent. Internet leur offre beau- coup d’opportunités dont ils n’ont plus les moyens se priver. Tout l’enjeu pour eux sera de concilier le rôle d’internet et celui du magasin. Le magasin à un bel avenir devant lui à condition qu’il propose des prestations nouvelles (conseil, services, praticité...) le rendant indispensable, à côté du e-commerce.

Ensuite, une réforme fiscale d’ampleur s’impose à l’Etat. Notre système d’imposi- tion, au national comme au local, n’est plus du tout adapté aux réalités économiques que l’on connaît. La pression fiscale qui pèse sur les commerces est trop forte. Celle qui pèse sur le e-commerce est trop faible : un rééquilibrage s’impose.

Pour les commerces, je propose par exemple la création de zones franches en centre-ville afin de leur donner un peu « d’air », le temps de la réforme.

Enfin, la dernière solution concerne col- lectivement l’Etat et les collectivités et plus précisément l’aménagement du terri- toire. Trop d’erreurs ont été commises ces trente dernières années par manque de vision sur le long terme. Elles ont abouti à un phénomène bien connu désormais qui est la désertification des villes.

Une réconciliation est possible entre inter- net et nos commerces traditionnels, mais cela demandera un travail collectif de la part de l’ensemble des acteurs. Sachons pour une fois anticiper pour conserver l’équilibre harmonieux de nos acteurs économiques et de nos territoires.