L'économie de la montagne par Xavier Roseren

Xavier Roseren est Député en Marche de la Haute- Savoie depuis juin 2017.

Commerçant à Houches, il s’implique depuis 2001 dans la vie communale, d’abord en tant qu’adjoint et puis Maire de 2014 à 2017. Il a même siégé en tant que Vice-Président de la communauté de communes de la Vallée de Chamonix en charge du tourisme depuis 2009. Xavier Roseren est membre de la Commission des finances de l’Assemblée nationale, membre du comité de massif des Alpes et Co-président du groupe d’études Montagne toujours au sein du Palais Bourbon.

Les territoires de montagne comportent indéniablement des spécificités propres qui représentent des richesses pour notre pays, à condition de les prendre en compte et d’adapter les normes à ces particularités. Dans le cas contraire, ces territoires rencontrent des freins, notamment du point de vue de leur développement économique. 

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Quel constat pouvez-vous faire aujourd’hui en ce qui concerne l’économie de la montagne ?


Les gouvernements passés et les parle- mentaires ont bien pris conscience de la nécessaire adaptation des lois à ces ter- ritoires. C’est la raison pour laquelle il y a eu la loi « montagne » dont l’Acte II date de 2016. Cependant, ces textes ne vont pas assez loin dans de nombreux domaines comme par exemple en matière d’urbanisme. Il faut donc travailler encore sur le sujet afin de faire de ces particularités une réelle richesse pour ces territoires comme pour le territoire national. Un constat doit donc être fait sur l’ensemble des problématiques liées à la montagne et des solutions doivent être construites en partenariat avec les acteurs concernés. C’est dans ce sens que je souhaite œuvrer en tant que Président du groupe d’étude « Montagne » à l’Assemblée nationale.

Le Gouvernement s’est fixé l’objectif de 100 millions de touristes en 2020. La Montagne a-t-elle son rôle à jouer ? 

Indéniablement oui et le Gouvernement en a bien conscience puisqu’une partie des mesures annoncées lors du deu- xième comité interministériel du tourisme concerne la montagne.

Il faut noter qu’aujourd’hui, le ski français a perdu son leadership puisqu’en 5 ans, la France est passée de 1er domaine skiable mondial à 3ème après les Etats-Unis et l’Autriche. Si nous voulons relever cet objectif, il faut donner aux territoires de montagne les moyens de le faire !

Comment redonner aux mon- tagnes françaises leur leadership mondial ?

Déjà par des moyens financiers. Dans l’es- prit collectif, les communes de montagne sont riches car touristiques. Cependant, pour être attractifs, les acteurs doivent réaliser de lourds investissements dans les infrastructures. Pour les communes par exemple, les dotations de l’Etat ne prennent pas suffisamment en compte ce poids dans le calcul du montant des dotations. A cela s’ajoute également le fonds de péréquation qui représente aujourd’hui une charge conséquente pour ces communes. Un rapport sera rendu sur ces sujets cet été. Il faut également résoudre la problématique du logement, pour les touristes comme pour la population permanente qui peine parfois à trouver un logement à des prix raisonnables. Des avancées ont été faites dans la loi de finances rectificatives pour 2017 sur la taxe de séjour et les plateformes de location comme Airbnb. Enfin, d’autres sujets doivent appeler notre attention comme le travail saisonnier, les délégations de service public des remontées mécaniques, l’attractivité notamment pour les jeunes...

L’économie de la montagne se limite-t-elle au tourisme ?

Le tourisme est une part importante, notamment dans les stations de montagne. L’offre tend à se diversifier sur toutes les saisons et il faut encourager les initiatives en ce sens. Mais l’économie de la montagne ne se limite pas au tourisme. Les montagnes ont de nombreux atouts. Je pense ici à l’agriculture avec la filière lait et les indications protégées telles que l’AOP et l’IGP, l’agro-pastoralisme qui est indispensable au maintien des paysages et à la biodiversité de la montagne ou encore la filière bois qui tend à se struc- turer comme avec le process de certification « bois des Alpes » dans la commande publique. Les territoires de montagne s’inscrivent aussi dans la transition énergétique : je pense ici aux structures d’hydro-électricité qui peuvent se développer grâce aux nombreuses sources présentes en montagne. D’autres activités pointues sont également présentes en montagne comme le décolletage dans la Vallée de l’Arve. Dans le cadre de mon rapport spécial sur le programme « Développement des entreprises » de la loi de finances, j’ai noté que de nombreuses mesures ont été prises en faveur de l’in- novation et de l’industrie du futur. Une attention particulière doit en outre être apportée aux pôles de compétitivité dont la phase 4 va débuter l’année prochaine.