La croissance pour rien ? par Olivier Dassault

Les bonnes nouvelles économiques s’accumulent et pourtant les Français ne voient rien venir. 

Capture d’écran 2018-05-22 à 23.11.08.png

« Tout vin a sa lie » dit le dicton, même les meilleurs.

L’économie française 2018 est un bon cru. Les indicateurs se redressent, les signaux sont au vert et les prévisions bonnes. L’Insee annonce 2% de croissance en moyenne, du jamais vu depuis 2011. Les économistes jubilent, les politiques, actuels et passés, com- mencent à en réclamer leur part et les commentateurs qui vouaient la France aux gémonies renouent avec l’esprit cocardier.

Et les Français dans tout cela, sont-ils condamnés à la lie ?

Au nom de « la transition énergétique » ils ont vu le prix des carburants augmenter après des décennies de promotion étatique du diesel. Pour les habitants des centres villes piétonnisés, faisant leurs courses en vélo, c’est indolore, pour ceux des campagnes et des périphéries, c’est une attaque contre leur pouvoir d’achat. Transition ne doit pas rimer avec punition. Une transition est un passage d’un état à un autre, de manière lente et graduelle, l’in- verse parfait du couperet de la punition, immédiate et brutale.

Au nom de la sécurité routière, le gouvernement veut abaisser la vitesse autorisée sur les axes secondaires à 80 km/h. La chasse à l’automobiliste continue comme si posséder une voiture était un luxe ou une vanité et non une nécessité absolue pour l’immense majorité de nos concitoyens.

Enfin au nom de la santé publique, le prix du tabac a augmenté.

L’enfer français est pavé de bonnes intentions gouvernementales.

Prises indépendamment ces décisions se comprennent ; ensemble, elles sont une attaque contre la ruralité. Les habitants de nos vil- lages n’entendront pas que l’économie française va mieux car ils n’en voient pas la traduction dans leur vie, au contraire.

Une croissance sans augmentation du pouvoir d’achat rend les exercices d’autocongratulations odieux aux oreilles de ceux qui ne font que payer ; c’est l’inverse du « bon esprit » de Fénelon : beau- coup de mots pour dire peu ; c’est inutile.

Dans le contexte intellectuel et réglementaire actuel nous arri- vons au bout de nos possibilités économiques. 

Comme le rappelait récemment Nicolas Baverez, trois problèmes empêchent la France de renouer avec la croissance : l’économie avec une compétitivité en berne et une désindustrialisation record, le social avec une société paupérisée, bloquée et fragmentée et le financier avec une dette publique au-delà de 100% du PIB.

Sans réformes radicales, le chômage va rester élevé car les entreprises ne trouvent pas à embaucher. Selon l’Insee, un recru- teur sur trois se plaint d’avoir des difficultés de recrutement. Peut- être serait-il temps de revoir notre système de formation au sein de nos universités, de nos écoles et de faire des choix stratégiques pour avoir plus d’ingénieurs et de scientifiques qui en sortent chaque année ?

La révolution culturelle que GEEA défend est celle où les forma- tions proposées sont en adéquation avec le marché du travail. La religion du diplôme doit céder le pas à celle de l’employabilité.

Il est également temps de créer le marché du travail du 21ème siècle où flexibilité et mobilité soient la norme dans un environne- ment sécurisé pour employés et employeurs. Il faut faire tomber les citadelles réglementaires et en finir avec les luttes de classe entre salariés avec un contrat unique qui soit en même temps suffisamment souple pour l’employeur et protecteur pour le travailleur.

Il est essentiel que la pression fiscale sur les contribuables diminue et que les salaires augmentent. Ouvrir le travail à tous c’est aussi per- mettre au travail de payer plus que tous les dispositifs d’aides sociales réunis, sans cela, le chômage stagnera toujours entre 9 et 13%.

« Les miracles économiques sont moins ceux de l’inspiration que de la transpiration » pour paraphraser Paul Krugman ; pour en devenir un, la France doit retourner au travail par tous les moyens.

Dans le cas contraire les bonnes nouvelles macroéconomiques pourront bien se succéder, les Français voyant l’absence d’effets positifs sur leurs vies, continueront à se détourner du politique, se réfugiant dans l’abstention ou chez les extrêmes. Malgré les chan- gements politiques de 2017, il est toujours minuit moins deux à l’horloge de l’apocalypse.