Tribune d'Olivier Dassault : L'heure des choix

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Le « nouveau monde » aura duré 15 mois avant que la réalité, politique, économique, sociale ne redevienne la norme. Tant mieux : « l’illusion est une foi démesurée ».
Débuté par une affaire de « barbouzards » aux petits pieds et terminé par la démission du seul ministre emblématique du gou- vernement, l’été 2018 signe la fin des illusions d’une présidence pourtant commencée de manière éblouissante. La fin du « et en même temps » en quelque sorte.

L’heure des choix est arrivée.

Nous pensions la France redevenue pro-entreprises mais nous avons appris le report de neuf mois de la baisse des cotisations patronales et qu’avait circulé l’idée du financement des arrêts maladie par les entreprises. Alphonse Allais estimait qu’ « une mauvaise idée valait mieux que pas d’idée du tout », en l’espèce, « pas d’idée du tout » eût été préférable.

Le choix de l’entreprise doit être celui du quinquennat voilà pourquoi si le prélèvement à la source s’apparente à « la roulette russe » pour reprendre les mots d’un haut fonctionnaire de Bercy, il doit être reporté sine die. Les entreprises, surtout les PME, ne pourront pas supporter cette charge supplémentaire alors qu’elles commencent à peine à relever la tête.

Nous pensions qu’après l’augmentation de la TVA en 2018, les retraités cesseraient d’être l’une des ciblés préférées de ce gouvernement. Malheureusement ceux-ci verront leurs pen- sions diminuer conséquence d’une revalorisation quasi-nulle dans un environnement où l’inflation sera de 1,7% selon l’Insee. Ajoutez à ces décisions des déclarations malheureuses de certains membres de la majorité et le « ras le bol » fiscal des années Hollande n’est pas loin.

Le choix de la solidarité générationnelle doit être fait, les retraités ne peuvent être les victimes désignés de la politique gouvernementale.
Enfin nous pensions sérieuses les intentions du gouvernement en matière de réduction des effectifs de la fonction publique or ce dernier nous annonce une suppression de 4 500 en 2019. Rappelons que l’objectif annoncé est de 120 000 postes en 2022 dont 50 000 pour la seule fonction publique étatique. C’est à croire que « certaines personnes font des promesses pour le seul plaisir de ne pas les tenir » comme l’écrivait William Hazlit.

Le choix de la réduction du nombre de fonctionnaires ne doit pas être remis en cause.
A la suite de Jean Pisani-Ferry, GEEA ne peut qu’appeler à l’avène- ment au sein de l’exécutif de la « culture du résultat fondée sur des objectifs concrets » et soutenir pleinement l’objectif de réduire les dépenses que la conjoncture économique soit favorable ou non.

L’élection d’Emmanuel Macron a créé des attentes, fortes. L’état politique de la France fait qu’il est aujourd’hui condamné à réussir. Néanmoins cette réussite ne peut plus reposer sur l’entre-deux. Les décisions difficiles doivent être prises maintenant sans quoi ce quinquennat sera un nouveau demi-échec ou demi-succès comme ses prédécesseurs.

Etre élu depuis 1988, même si c’est aujourd’hui politiquement incorrect, donne quelques avantages notamment celui de l’expé- rience et du recul.

Prendre du recul permet d’écarter les passions du moment pour tenter de n’apercevoir que l’essence des choses, ce qui est important et ce qui ne l’est pas. Ainsi la victoire politique sans idées ni ligne directrice ne vaut rien, plusieurs présidents et premiers ministres nous l’ont prouvé.

L’expérience autorise à juger avec un certain discernement les actions menées or il est apparu évidemment que la France ne peut encore tolérer cinq années de réformes à moitié abouties car l’essence de son système, si complexe par ailleurs, est aujourd’hui attaqué de l’extérieur et que si nos propres gouvernants ne prennent pas les décisions qui s’imposent notamment en matière de réduction de la sphère publique, de coût du travail et de simplification administrative, le monde les prendra à notre place et nous en subirons les conséquences économiques et politiques comme c’est le cas actuellement.

Le Président de la République ne doit pas craindre l’impopularité, les péripéties politiques ou les réactions d’humeur de certaines catégories de la population. Il doit maintenir un cap clair au service du renouveau de l’économie française pour le bien du pays, c’est la seule solution. L’avantage est que dans la situation diffi- cile dans laquelle il se trouve actuellement, « la nécessité le délivre de l’embarras du choix » pour paraphraser Vauvenargues. L’heure n’est plus à la marche, désormais elle est à la course.