Les liaisons fructueuses entre écologie et économie par Yannick Haury

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Yannick Haury, pharmacien de profession et ancien maire de Saint-Brévin-les-Pins, est Député de Loire-Atlantique depuis 2017. Il siège à la Commission de l’aménagement du territoire et du développement durable. Il travaille particulièrement sur les questions relatives aux collectivités locales, au littoral, à la transition énergétique, à l’aménagement du territoire ou encore à l’adaptation aux changements climatiques. Conscient de l’urgence écologique et qu’il n’y a pas de planète B, il souhaite attirer l’attention sur la nécessité de créer un sursaut environnemental et s’intéresse de près aux liens entre écologie et économie, et en particulier à l’économie circulaire.

Une prise de conscience de la société est-elle en train d’émerger face aux enjeux environnementaux et à la rareté des ressources ?

L’écologie est abusivement opposée à l’économie. Il est temps de sortir de ce sim- plisme stérile pour considérer que ces deux aspects de notre vie sont étroitement liés. Il n’est pas douteux que devant l’urgence écologique qui se manifeste par des dérè- glements climatiques et des atteintes à la biodiversité, toutes les forces vives du pays doivent se mobiliser afin de converger vers une économie circulaire, créatrice d’emplois et respectueuse de la rareté de nos ressources. La mobilisation générale de toutes ces forces vives permet d’espérer que leur diversité accroisse sensiblement leur rayon d’action et offre une meilleure chance d’aboutir à une régulation à la fois de l’écologie et de l’économie, intimement reliées par une dépendance réciproque dans un pays moderne comme le nôtre. Ces forces vives existent dans les institutions territoriales à chaque niveau de leurs com- pétences, dans les systèmes industriels et administratifs de production des richesses pour ce qui concerne l’organisation du travail et le développement de nouveaux outils numériques, dans les échanges commerciaux, avec le souci de ne pas multiplier les déplacements coûteux et inutiles, dans les associations de bénévoles qui sensibilisent l’opinion publique avec bienveillance et aussi bien sûr chez nos concitoyens qui apprennent peu à peu à ne plus gaspiller.

Comment ne pas rester au stade de l’intention alors qu’il faut agir et penser sur le long terme ?

Devant les images de pollution des océans et de notre terre ferme qui nous sont présentées, nous sommes troublés. J’entends de plus en plus d’indignations et l’expres- sion de bonnes volontés pour sauver notre planète. Mais ces déclarations d’amour ne suffisent pas. Il nous est possible actuelle- ment de progresser en recyclant de nombreux produits, en prolongeant leur durée d’utilisation, en réparant leurs usures acci- dentelles et prématurées. Ne nous trompons pas d’époque, nous changeons d’ère ! Il ne s’agit plus de programmer une obsoles- cence abusive, de jeter l’ancien pour acheter du neuf à tout prix, de changer pour changer et être à la mode du temps, une mode artificiellement construite et vendue par des publicités envahissantes. Cette économie circulaire, faite de bon cœur dans une sobriété heureuse diminuerait sensiblement les pollutions que nous respirons et nous pourrions alors dire avec un certain enthousiasme que, de surcroît, nous changeons d’air !!!

Quels sont les enjeux économiques de ces nouvelles pratiques ?


Il importe de faire durer les objets utiles, d’en prendre soin, de les donner à qui en a besoin dans des échanges amicaux et ainsi de favoriser des économies en consommant mieux. Les constructions contemporaines de maisons et d’appartements à énergie positive ont besoin de travailleurs qualifiés ; les isolations des habitats plus anciens nécessitent également des techniciens capables de concevoir et de réaliser des technologies de haut niveau. Dans ces domaines, les normes écologiques sont créatrices d’emplois. C’est aussi le cas de la mise en œuvre de nouvelles énergies. Il faut donc de toute urgence améliorer la formation initiale et continue des jeunes gens et des jeunes filles qui vont se présenter sur le marché du travail. C’est faisable. Encore faut-il valoriser le travail, tout ce qui est utile au bien commun et non pas promouvoir une civilisation de faux semblant et de loisirs. C’est aussi dans le secteur de l’économie sociale et solidaire que de jeunes entrepreneurs innovent, inventent, tentent, bousculent les anciennes modalités. C’est ce qui fait que de nouvelles ressources, respectueuses de notre environnement jaillissent et prospèrent. A nous, Députés, d’aller au devant de ces pépites qui font naître l’économie de demain.

Existe-il dans votre circonscription de Loire-Atlantique des exemples réussis d’entreprises engagées dans le domaine de l’économie circulaire ?

L’entreprise de consommables d’impression Armor à La Chevrolière que j’ai visitée est pionnière dans ce domaine. Les responsables se sont appropriés le « rien ne se perd, tout se transforme ». Les cartouches d’encre usagées ne sont plus considérées comme des déchets mais comme une matière première. Pour eux, « l’économie circulaire permet aux produits de raconter une histoire, d’avoir une valeur ajoutée qui renforce leur activité ». Plus rien ne sera comme avant. Je souhaite que dans bien des domaines, de nombreux déchets deviennent une matière première, à l’origine d’une nouvelle création qui à son tour sera la base de nouveautés. Vous voyez que ça circule entre l’écologie et l’économie ! Pour cela, il faut mener en même temps des actions de formation, de transmission, de réalisation. Il faut respecter les compétences de tous et les encourager. Surtout, il faut aller à l’essentiel dans les modes de vie et les valeurs partagées à la fois dans les domaines écologiques et économiques.