Les Blockchains, nouvelles technologies risquées ou prometteuses? par Ronan Le Gleut

Pourquoi le Parlement s’intéresse-t-il aux Blockchains ?


Créé à la suite de la crise des subprimes de 2007, puis la crise financière de 2008, le Bitcoin a pour ambition de devenir une crypto-monnaie qui se passe du contrôle des Etats. Basé sur la cryptographie et la confiance distribuée, le Bitcoin fonctionne sans « tiers de confiance ».

Par ailleurs, la valorisation de l’ensemble des crypto-monnaies est approximativement de 300 milliards de dollars dont 120 milliards uniquement pour le Bitcoin.

Enfin, grâce aux Blockchains existe dorénavant l’« offre initiale de monnaie » ICO (Initial Coin Offering) qui est une forme de levée de fonds non réglementée pour les start-ups, en mode « crowdfunding », loin des traditionnels banques et venture capi- talists. Ces émissions d’actifs numériques représentent un total cumulé de plus de 8 milliards d’euros en mars 2018.

Pour toutes ces raisons, il apparaissait nécessaire que le Parlement comprenne les Blockchains.

Est-il vrai que la consommation énergétique des Blockchains est considérable ?


Nous estimons que le seul Bitcoin consomme au minimum 45 TWh/an, or un réacteur nucléaire produit 8 TWh/an et la consommation énergétique de la France en 2017 était de 530 TWh/an.

Par conséquent, les Blockchains basées, comme le Bitcoin, sur la méthode de consensus appelée preuve de travail, entraîne nécessairement une consommation énergétique pharamineuse. Le modèle fonctionne ainsi, la confiance distribuée nécessite que des « fermes de minage » calculent en permanence un exercice algo- rithmique qui vise à résoudre une fonction de hachage. Ce processus nécessite de faire tourner des calculateurs qui consom- ment énormément d’énergie. Aujourd’hui, ce problème n’est pas résolu.

Existe-t-il des problèmes de souveraineté ?


Pour que la confiance dans cette « main invisible » sans tiers de confiance subsiste, il convient qu’aucune ferme de minage ne détienne plus de 50% de la puissance mondiale de calcul. Or 60% de cette puissance de calcul est située sur le sol chinois. Les risquent ne sont pas nuls.

Autre thème qui nous interroge, la Commission européenne a attribué l’animation de l’Observatoire européen des Blockchains à une entreprise dont le siège est aux Etats-Unis, à New York, et qui ne tra- vaille que sur la technologie Ethereum, alors qu’il existe 1 600 autres Blockchains. Avec Gérard Longuet (Président de l’OPECST), Cédric Villani (1er Vice-Président), Valéria Faure-Muntian (Rapporteur) et Claude de Ganay (Rapporteur), nous avons signé un courrier adressé aux Présidents de la Commission des affaires étrangères du Sénat (Jean Bizet) et de l’Assemblée nationale (Sabine Thillaye) pour leur faire part de notre étonnement, voire de notre inquiétude, devant ce choix qui n’est pas de nature à assurer la défense des intérêts de notre pays, ni de l’Union européenne.