La transition agricole au service de la transition énergétique par Pierre Cuypers

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Pierre Cuypers, Sénateur de Seine-et-Marne, membre de la Commission des Affaires économiques du Sénat et spécialiste des Energies Nouvelles Renouvelables (ENR) au sein du groupe parlemen-taire « Les Républicains », nous fait partager sa vision sur la place du monde agricole dans la transition énergétique et du dialogue qui lie ces deux mondes, l’avenir des biocarburants, le financement de la recherche sur les ENR, et la place de l’énergie au sein du débat public.

Quelle est votre vision du mix énergétique de demain ?


Le mix énergétique nous permet d’évoluer vers une dynamique plus vertueuse de développement. Ce bouquet énergétique est un ensemble rassemblant des énergies telles que le nucléaire, le solaire, l’hydrogène, la biomasse et le vent.

Je crois à toutes les énergies à partir du moment où elles sont judicieusement placées et économiquement rentables, et je souscris aux propos exprimés par le Président de la République sur la nécessité de penser la politique énergétique française dans une logique de stratégie adaptive et non de pari pascalien. Il faut en effet répartir les risques, être mobile entre toutes les énergies et n’en renier aucune.

La transition énergétique est-elle le moyen d’appuyer la transition agricole ?


Le monde agricole, dont la vocation est d’alimenter l’humanité et le monde animal, s’est toujours adapté. Nous le constatons de manière évidente : nous produisons aujourd’hui mieux et plus grâce à la mécanisation et à la génétique. Un exemple parmi d’autres est la betterave. La génétique a permis de travailler sur la forme de la betterave, permettant de passer de 5 000 litres d’eau pour laver une tonne de betterave dans les années 1930 à 15 litres aujourd’hui. Nous avons en France la chance d’avoir des filières agricoles intelligentes et volontaires qui investissent des moyens conséquents dans le développement de nouvelles techniques et de nouvelles énergies, telles que les carburants alternatifs que sont les biocarburants. Notons que les carburants alternatifs représentent les seules énergies liquides pouvant se substituer au pétrole conventionnel. Ils permettent aussi de réduire de près de 70% les émissions de gaz à effet de serre lorsqu’ils sont associés au gazole ou à l’essence. Et, ce sont des énergies disponibles qui ne nécessitent pas nécessairement de consommer de l’espace agricole supplémentaire puisqu’elles peuvent être produites à partir de cultures intermédiaires. Aujourd’hui on incorpore 7% de biocarburants dans l’ensemble des carburants et ce nombre devrait bientôt monter à 10%. Ils représentent donc d’une part un débouché pour le monde agricole puisque c’est un produit à forte valeur ajoutée pour les agriculteurs.

Où en sommes-nous en termes de compétences techniques et de développement de ces carburants ?

La 1ère génération de biocarburants n’est pas encore aboutie et nous parlons déjà de 2ème voire de 3ème génération. La 2ème génération sera liée à l’utilisation de la plante entière. Bien que nous sachions faire des carburants de 2ème génération sur le plan technique, ces solutions ne sont pour le moment pas viables économiquement. Le travail continue donc sur ce point, en parallèle du travail sur la 1ère génération. Certaines filières françaises se développent particulièrement, comme la filière de l’étha- nol. A titre d’information, il y a actuellement environ 1500 stations-services françaises proposant des pompes à éthanol et les boîtiers de conversion permettant de rendre un véhicule FlexFuel bénéficient depuis 2017 d’un cadre réglementaire précis et sûr. Les biocarburants représentent selon moi une étape dans notre utilisation des plantes et il n’est pas exclu que demain, nous parvenions à donner à ces productions une valeur ajoutée autre que d’être brûlées dans les moteurs, par exemple pour la production de plastiques biosourcés, de cosmétiques, de solvants et de lubrifiants, auquel cas cela serait aussi une utilisa- tion intéressante des techniques dévelop- pées jusqu’ici. Ces progrès sont rendus possibles grâce à la volonté des acteurs mais nécessitent également un accompa- gnement politique. Or nous sommes dans un système de plus en plus compliqué et sur-normalisé car l’Etat fait notamment le choix d’être plus vertueux par rapport aux normes européennes, ce qui entraîne une perte de compétitivité conséquente.

Quelles vont être les évolutions législatives et réglementaires nécessaires pour y arriver ?


L’un des leviers d’action les plus importants est lié à la fiscalité. A titre d’exemple, nous avons tous contribué à travers nos impôts au développement du nucléaire. Pour les biocarburants, nous avons eu des avoirs fiscaux qui ont permis, lors de leur phase de développement, de les rendre aussi accessibles que les énergies fossiles. Toutes les énergies en développement et nouvelles ont un coût et il faut l’assumer.

Il faut aussi soutenir ces énergies en pro- posant des prix de rachat satisfaisants. Cela permettra notamment de soutenir des projets aux coûts conséquents. C’est par exemple le cas de la méthanisation, puisqu’on estime le coût d’un projet à environ 3 ou 4 millions d’euros.

D’autre part, il est important de placer les énergies au cœur du débat public. La méconnaissance du sujet a par exemple impacté, selon moi, la discussion sur la réduction de TVA appliquée aux véhicules de société hybrides puisque l’amendement proposant d’inclure les biocarburants, qui sont autant vertueux que le gaz et l’électricité, n’a pas été retenu. Ce même manque de compréhension impacte aussi les énergies nouvelles puisqu’on s’aperçoit que les démarches administratives freinent leur développement, comme par exemple les énergies renouvelables en mer. Nous sortons de la préhistoire en matière d’imagination relative à l’énergie pour arriver dans une époque où nous allons potentiellement trouver de l’énergie partout. Il s’agit ensuite de se concentrer sur les énergies positives et les appliquer au plus grand nombre de cas, notamment au monde urbain, en particulier aux bâtiments à éner- gie positive, ce qui permettrait, par exemple d’envisager des éoliennes verticales sur les toits qui produiraient l’énergie nécessaire à la Tour sur laquelle elles se trouvent.