La tourisme, levier de développement économique, vecteur d'aménagement du territoire par Emilie Bonnivard

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Emilie Bonnivardest Députée LesRépublicains dela Savoie depuis juin 2017. Elle a grandi en Maurienne. Elle est cadre à la Caisse des Dépôts et Consignations. Emilie Bonnivard a été élue adjointe au Maire de Montaimont en 2014 et Vice-Présidente à l’Agriculture à la Région Auvergne- Rhône-Alpes en 2015. Elle est membre de la Commission des finances de l’Assemblée nationale, Rapporteure spécial du budget Tourisme, Co-Présidente du groupe d’étude Valorisations des activités touristiques. Elle est également conseillère régionale d’Auvergne-Rhône-Alpes.

Le Tourisme peut-il demeurer une économie de rente ?


Première place mondiale en terme d’arrivées grâce à notre patrimoine culturel, à l’attractivité de la ville-capitale, aux atouts nombreux de notre territoire, la France reste leader pour la fréquentation avec 89 millions de touristes internationaux accueillis en 2017. Depuis les années 90, les Gouvernements successifs perçoivent le tourisme comme une économie de rente ne nécessitant ni d’une politique spécifique, ni de moyens dédiés. Le tourisme représente 8% du PIB, mais ce secteur ne dispose toujours pas d’un Ministre et son budget est éparpillé dans diverses Missions et Programmes budgétaires. Atout France, principal bénéficiaire de ce budget qui s’est élevé à 79,4 millions d’euros en 2017 a pour mission de promouvoir la destination France à l’étranger, mais aussi d’accompagner les territoires et opérateurs du tou- risme dans l’élaboration d’offres cohérentes en France. Le budget dédié à la Promotion doit être renforcé au regard des moyens consacrés par des pays concurrents, comme l’Espagne. L’idée est de parvenir à 100 millions d’euros d'ici 2020.

Le tourisme, facteur de dévelop- pement rural ?


La France capitalise sur certaines destinations « leader » comme Paris et l’Ile- de-France, la région Provence-Alpes-Côte d’Azur et la montagne l’hiver. Ces destinations ne doivent pas nous amener à oublier le potentiel et les atouts des territoires ruraux et villes moyennes, à partir desquels de vrais produits touristiques peuvent se construire, à l’instar du tourisme de mémoire ou des produits basés sur l’itinérance. Ces produits répondent également au risque de saturation liée à la sur fréquentation de certaines destinations.

Quels secteurs devant faire l’objet d’investissements renforcés avez-vous identifiés dans votre rapport spécial sur le Tourisme ?

L’enjeu majeur auquel nous devons nous atteler est la compétitivité de l’offre d’hébergement en France qui doit être impérativement renforcée. En dehors du sujet de la location de meublés type Airbnb qui nécessitait un cadrage auquel nous avons répondu à l’Assemblée, reste que l’offre d’hébergement touristique de qualité et à un prix abordable est au cœur des attentes des touristes. L’offre est très hétérogène en France et nous devons accompagner l’hôtellerie indépendante et les résidences de tourisme dans la réno- vation de leurs biens. Cet enjeu est crucial et urgent dans les stations de sport d’hiver où tout le modèle économique du domaine skiable est conditionné par le nombre de lits loués. Les « lits froids » qui sont occupés moins de quatre semaines par an représentent environ 30% du parc d’hébergement des résidences de tourisme, chiffre qui monte à 50% dans

les départements les plus touristiques à la mer ou à la montagne. Chaque année 1 à 2% des lits sortent du parc locatif. Je reste persuadée que seules des mesures incitatives fiscales nous permettront d’atteindre des résultats satisfaisants. L’hôtellerie familiale et indépendante connaît une situation très préoccupante avec la disparition de 8 hôtels chaque semaine dont la moitié en zones rurales en raison de la lourdeur des mises aux normes, du coût des travaux de rénovation beaucoup trop lourds pour la capacité d’investissement des propriétaires, ainsi qu’une transmission coûteuse. Il conviendrait d’envisager des solutions fiscales comme l’exonération partielle des droits de mutation en contrepartie de travaux ou l’allongement des prêts « hôtellerie » à 25 ans afin de mieux tenir compte du modèle économique de ces établissements.

Le Gouvernement ne devrait-il pas réserver une place plus importante au tourisme domestique ?

S’il est important de bien accueillir les touristes internationaux, la clientèle française ne doit pas être oubliée. Les Français qui passent leurs vacances en France représentent notre premier marché et leurs choix ont un impact sur notre balance commerciale. A cela s’ajoute qu’il y a un enjeu d’inclusion sociale, alors que l’Ob- servatoire des inégalités relève que 37% des Français ne partent pas en vacances.