Compétitivité, fiscalité, innovation : libérons nos entreprises par Typhanie Degois

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Typhanie Degois, Députée de Savoie, estauteure d’unerésolution surle détachement des travailleurs au sein de l’Union européenne. Etant Co-Présidente du groupe d’études start-up, PME et ETI, elle s’implique active-ment pour soutenir le développement des entreprises.Les entreprises sont la première richesse de nos territoires. Nous devons soutenir leur compétitivité plutôt que d’ajouter sans cesse de nouvelles contraintes, encourager les fonds propres plus que les levées de fonds, faciliter l’innovation au lieu de la freiner par des lois.

En tant que Co-Présidente du groupe d’études start-up, PME et ETI à l’Assemblée nationale, quel constat faites-vous sur la situa- tion des entreprises françaises ?

La France a des atouts exceptionnels, elle a de grandes entreprises qui sou- tiennent l’économie, des profils à hautes compétences recherchés à l’international et une véritable dynamique de créations d’entreprise. Pourtant aujourd’hui, les entreprises françaises ont de réelles dif- ficultés à croître et à devenir pérennes. Une société a quasiment une probabilité sur deux de disparaître dans ses cinq premières années. Cet été, j’ai lancé le Tour de Savoie des entreprises visant à recueillir le point de vue des entrepreneurs de Savoie, et effectivement le constat est clair, nos entreprises ne sont pas assez compétitives.

Comment expliquez-vous ce manque de compétitivité ?


Les entreprises françaises sont asphyxiées fiscalement, le taux fiscal pesant sur nos entreprises atteint 62%, niveau le plus haut des Etats membres de l’Union euro- péenne. Conjugué à un coût du travail élevé, surtout sur les hauts salaires, des conséquences négatives en résultent. Les entreprises françaises ont des marges faibles, le taux moyen est de 32% contre 42% en Allemagne ou en Italie par exemple, engendrant par conséquent moins d’investissement, et donc moins de compétitivité. Ce manque de compétitivité vient accentuer, par ailleurs, notre déficit commercial.

Quels sont les outils pour soutenir le développement des entreprises ?


Il est nécessaire de changer de para- digme sur le rôle des entreprises dans notre société. Nous devons baisser réel- lement la fiscalité des entreprises, en premier lieu l’impôt sur les sociétés et les charges patronales. Cette condition est essentielle si nous voulons que les entreprises puissent se développer et permettre à tout un territoire d’en profiter, grâce à la création d’emplois dans les zones péri-urbaines et rurales, à l’insertion de personnes éloignées de l’emploi, à l’implantation de nouveaux secteurs d’activité... Il faut également alléger les contraintes pesant sur les entreprises. Aujourd’hui une entreprise est pénalisée quand elle embauche car elle risque de passer un nouveau seuil impliquant de nouvelles obligations. Le projet de loi PACTE (Plan d'action pour la croissance et la transformation des entreprises) va sur ce point dans le bon sens dans la mesure où les seuils sont relevés et une période transitoire de cinq ans est prévue. Enfin, la problématique du financement est essentielle. Nous devons chercher à accroître les fonds propres des entreprises, car en cas d’activité en baisse ou de retard de paiement important... l’entrepreneur aura les moyens financiers de continuer son activité. Le meilleur moyen est alors de flécher l’épargne des Français et des salariés vers ces outils financiers comme l’épargne-retraite qui doit être simplifiée ou le PEA-PME qui doit être plus attractif.

Les entreprises ont-elles un rôle à jouer dans l’innovation ?

Les entreprises, petites ou grandes, sont un incroyable vecteur d’innovation. Il y a encore peu, était ancrée dans notre culture que l’innovation passait par l’Etat et les grandes entreprises. Force est de constater qu’aujourd’hui, nous avons la chance que nos grandes entreprises puissent s’appuyer sur des plus petites qui sont davantage agiles, indispensables à l’innovation. Nous sommes en pleine révolution industrielle et technologique. L’environnement numérique nécessite de savoir se réinventer. Je pense à l’in- telligence artificielle, aux robots, aux véhicules autonomes, aux systèmes d’assistance qui s’appuieront nécessairement sur l’exploitation des données. Face aux Etats-Unis et à l’Asie, nous avons accumulé un retard important et nous n'arriverons pas à le rattraper si systématiquement nous écrivons des lois qui freinent l’inno- vation plutôt que des lois qui facilitent les nouveaux usages.