Apprentissage - formation professionnelle : une réforme pour mieux connecter l'offre et la demande par Sylvain Maillard

Issu de la société civile, chef d’entreprise dans le secteur industriel et parle-mentaire, en tant que responsable de texte La République En Marche sur le volet apprentissage et formation professionnelle de la loi pour la liberté de choisir son avenir professionnel, je me bats et continuerai à me battre pour transformer en profondeur le marché de la formation tel qu’il existe aujourd’hui !

Comment expliquez-vous que malgré les 32 milliards d’euros consacrés chaque année au marché de la formation en France, ce marché fonctionne mal ?

En tant que chef d’entreprise, j’ai observé qu’il n’y a pas réellement un lieu de rencontre entre l’offre et la demande. La labellisation est hétérogène et nécessite un pilotage national, notamment avec la création de France Compétences. Aujourd’hui, c’est le « parcours du combattant » pour trouver une formation, l’accès au compte personnel de formation reste inaccessible pour les personnes éloignées ou non de l’emploi. 7 mois s’écoulent entre la perte d’un emploi et l’entrée en formation, laquelle profite trois fois plus aux cadres des grandes entreprises privées qu’aux chômeurs et aux ouvriers, faute d’information délivrée par les organismes.

Paradoxalement, notre pays ne compte que 400 000 apprentis alors que 1,3 mil- lion de jeunes entre 15 et 29 ans ne sont ni en emploi, ni à l’école, ni en formation avec un taux de chômage chez les jeunes de moins de 25 ans deux fois plus élevé qu’en Allemagne. Depuis 40 ans, malgré les politiques dites de la ville, les discriminations face à l’insertion professionnelle conti- nuent de sévir : près de 45% des jeunes de moins de 25 ans sont au chômage dans les quartiers défavorisés, soit 20 points de plus que la moyenne nationale !

Comment mieux connecter l’offre et la demande de formation ? Quels sont les métiers en tension ?

Selon l’enquête Besoins en main-d’œuvre (BMO) réalisée par Pôle emploi et le Crédoc, près de 37,5% des recrutements sont jugés difficiles par les employeurs. Alors que nous sommes confrontés à un chômage de masse, les chefs d’entreprise ont du mal à recruter dans les secteurs du bâtiment (61,3%), de l’industrie (40,6%) et des services (33, 1%). Il faut co-construire les référentiels de certifications avec les branches comme le prévoit notre réforme. D’autre part, la transformation digitale de notre économie impacte nos métiers. Nous sommes confrontés au « tsunami numérique », 60% des emplois créés en 2030 n’existent pas encore aujourd’hui. Les métiers les plus pénibles disparaîtront. Anticipons à travers la formation.

Comment mieux adapter les offres de formation aux besoins du chef d’entreprise et revaloriser l’apprentissage ?

Nous devons renforcer l’orientation et l’information dès le collègue. La création d’un « SAS » de préparation à l’alternance dès la fin du collège permettrait de s’assurer que les élèves maîtrisent les savoirs de base et sont capables d’intégrer une entre- prise d’accueil. C’est la condition d’accès à la réussite en lycée professionnel ou en Centre de Formation d’Apprentis (CFA). Notre réforme va permettre de corriger l’asymétrie de l’nformation sur les métiers consacrés à l’apprentissage. Il est primordial de multiplier les échanges, les passerelles, la mobilité entre les CFA et l’Education nationale comme le préconise le Ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer. Il faut ouvrir nos jeunes au vaste monde à travers les programmes d’échanges existants comme Erasmus, en imaginant tous les partenariats innovants possibles, entre nos centres de formation en France et ceux à l’étranger. La révolution copernicienne de l’apprentissage et de la formation professionnelle, portée par Muriel Pénicaud, Ministre du travail, s’inscrit pleinement dans cette démarche. L’apprentissage est une arme « d’insertion massive » contre le chômage structurel et conjoncturel qui touche notre pays puisque 7 apprentis sur 10 trouvent un emploi.

Demain, la formation deviendra un bou- clier protecteur, outil d’émancipation des individus et un investissement de compé- titivité des entreprises et d’employabilité des individus. La montée en compétences reste un gage d’insertion dans notre société qui permettra enfin à chacune et à chacun d’avoir réellement la liberté de choisir son avenir professionnel !