Remettre la France sur la route de la prospérité économique par Bruno Retailleau

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Élu local enraciné, parlementaire engagé, ancien dirigeant d’entreprises, spécialiste d’économie et organisateur d’actions culturelles et sportives, Bruno Retailleau est Sénateur de Vendée et Président du groupe Les Républicains au Sénat. Homme de convictions, il croit à la liberté plutôt qu’au laxisme, à l’égalité plutôt qu’à l’égalitarisme, à la fraternité plutôt qu’au communautarisme.

Les ordonnances sur le Code du travail sont-elles un vrai progrès ?

Les ordonnances vont dans le bon sens mais elles sont trop timides pour produire des effets tangibles en matière de création d’emplois. Des sujets essentiels, comme la fixation par accord de la durée hebdomadaire du travail ou le relèvement des seuils sociaux, sont absents du texte. Or, ne rien changer, c’est accepter durablement le chômage de masse ! Il y a urgence à s’attaquer à notre compétitivité, à supprimer tout obstacle inutile et à ramener les impôts et les charges à un niveau comparable à celui de nos concurrents. En moins de dix ans, des pays comme le canada, la Suède ou l’Allemagne ont réussi à réformer en profondeur leurs structures, sans sacrifier leur niveau de vie et en créant des emplois.

 

Vous considérez donc qu’il s’agit d’une réforme de demi-mesures qui ne respectent pas les priorités annoncées ?

Prenons l’exemple des accords de branche. Le Gouvernement avait pour objectif principal de favoriser le dynamisme et l’innovation sociale, en levant les freins à l’agilité de nos entreprises, pour une « flexisécurité à la française ». Un des moyens principaux devait consister à inverser la hiérarchie des normes, en donnant la priorité aux accords conclus dans l’entreprise. Contre toute attente, le gouvernement laisse au contraire une place démesurée à l’accord de branche, sans doute pour acheter la paix sociale auprès des syndicats… Pourtant les branches ont beaucoup de difficulté à faire faire avancer des négociations en leur sein. Cette réforme aura en définitive fait parler beaucoup d’elle pour un résultat qui malheureusement risque d’être très modeste.

 

Qu’auriez-vous aimé voir figurer dans les ordonnances ?

Prenons les seuils sociaux. Ils constituent aujourd’hui un frein important à l’embauche et au développement des PME. Il existe trois fois plus d’entreprises de 49 salariés que de 51 salariés. Franchir le seuil de 49  à 50 salariés coûte à une entreprise 4 % de masse salariale, et 34 obligations lui tombent sur la tête pour embaucher. Relever les seuils aurait un effet immédiat sur l’emploi. On peut donc regretter que les ordonnances renforcent encore le caractère repoussoir de 50 salariés. Le groupe des Républicains au Sénat a proposé des relèvements de seuils d’effectifs à plusieurs reprises. La prise de décision doit se faire au plus près des acteurs, là où la relation de travail s’établit et où les objectifs de l’entreprise sont réalisés. Le gouvernement manque malheureusement d’ambition pour prendre les mesures nécessaires.

Vous proposez également la fin de la référence aux 35 heures ?

Nous sommes le seul pays à mettre en œuvre les 35 heures. La durée du travail des salariés employés à temps plein en France demeure parmi les plus faibles des pays européens  avec une durée hebdomadaire de 40,5 h contre 41,5 h en Allemagne et 42,9 h au Royaume-Uni et 41,5 h en moyenne européenne. Les 35 heures sont synonymes de chômage et d'une stagnation voire d'une perte du pouvoir d'achat… Réduire les dépenses publiques sans se poser la question du temps de travail sera très difficile, car l’Etat et les collectivités territoriales se privent de toutes marges de manœuvre.

 

Qu’attendez-vous du gouvernement ?

Emmanuel Macron et le gouvernement doivent être ambitieux et ne pas céder à la tentation de privilégier la communication à l’acte. Il faut différencier le "ça va un peu mieux" du "ça va bien". La situation économique de la France demeure mauvaise, affectée par le poids de la dépense publique et de la fiscalité, le sous-dimensionnement de l'innovation et des normes  encore trop nombreuses. Le gouvernement doit profiter d’une situation économique plus favorable pour mettre en œuvre la « révolution » annoncée par Emmanuel Macron lui-même. Cette situation ne se représentera peut-être pas avant longtemps. Si le gouvernement ne lance pas d'ambitieuses réformes, non seulement pour assouplir le marché du travail, diminuer la dépense publique, instaurer davantage de concurrence sectorielle, elle sera coupable d’avoir, par lâcheté, raté une occasion historique. Les emplois sont créés s’il existe une dynamique économique dans le pays et si les entreprises peuvent s’y développer.