Nouveau monde? par Olivier Dassault

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Sommes-nous entrés dans un nouveau monde comme le décrivent les commentateurs ? L’élection d’Emmanuel Macron à la Présidence de la République crée-t-elle une rupture entre l’ancien et le nouveau ?

Un pragmatique répondrait qu’un Président jeune, ancré au centre-droit, très favorable à l’Europe actuelle et voulant apporter plus de liberté à l’économie française, cela s’est déjà vu en la personne de Valéry Giscard d’Estaing qui en son temps fut aussi le summum  de la modernité politique.

Un idéaliste répondrait que le vieux monde politique a été mis par terre et qu’un inconnu l’a emporté là où les plus chevronnés des politiciens de France se sont cassés les dents.

Un réaliste, quelque peu cynique, considèrerait que gagner face à cette Marine Le Pen était à la portée de tout le monde.

La « rupture », la « France d’après », tous ces slogans, Nicolas Sarkozy les utilisait déjà il y a 10 ans lorsqu’il réunissait 19 millions de voix sur son nom au second tour face à Ségolène Royal. Si le monde a changé depuis ce temps, ce changement a peu à voir avec cette élection, pourtant porteuse de promesse à l’époque.

Les élections et les présidents passent et les réalités demeurent : le chômage, la désindustrialisation, l’impression générale que la France est ce pays où l’Etat n’a de cesse d’entraver la liberté.

Le gouvernement actuel table sur une croissance d’1,8%, saura-t-il en faire quelque chose ? Saura-t-il en faire profiter les Français ?

Les ordonnances travail ont été présentées au Parlement et s’il faut certainement saluer une certaine volonté de simplification de certains pans de notre droit du travail, on est loin de la révolution annoncée. Au final ces ordonnances permettront-elles de créer des emplois ? Je crains que les freins à l’embauche que nous connaissons tous : un coût du travail trop élevé, une trop grande rigidité des contrats de travail et une fiscalité changeante soient toujours là lorsque l’illusion de la nouveauté se sera estompée.

Le budget 2018 se veut sincère alors que le précédent ne l’était pas, nous en prenons acte. Etait-on pourtant obligé de répéter l’erreur que tous les gouvernements font depuis l’instauration de l’Impôt sur la Fortune en le supprimant à moitié mais pas entièrement aboutissant ainsi à l’exonération de certains biens sans qu’aucun logique fiscale ou économique ne le justifie ? Nouveau président, nouveau gouvernement et pourtant l’habitude des demi-mesures persiste. Tout le bénéfice de cette demi-réforme commence d’ailleurs à s’estomper devant la polémique qu’elle suscite. C’est un échec.

Ajoutez à cela les mesures antisociales mesquines comme la baisse des allocations pour le logement ou celles contre les collectivités locales et vous obtenez un budget inutilement brutal et insuffisamment réformateur. A la révolution annoncée succède la déception mais peut-être la marche était-elle trop haute pour ce gouvernement composé avant tout de membres de l’ancien monde politique ?

La chance qu’avait ce gouvernement était qu’il semblait être celui que la droite libérale attendait enfin. Celui capable de prendre les décisions courageuses que GEEA appelle de ses vœux depuis sa fondation en 2002. Seulement c’était sans compter l’équilibre précaire sur lequel cette nouvelle majorité repose, le désormais célèbre « en même temps » passé à la postérité pendant la campagne présidentielle où le candidat Macron pouvait ainsi s’adresser aux manifestants de la « Manif pour Tous » et « en même temps » aux défenseurs du « mariage pour tous » tout en prétendant comprendre les deux positions et les partager. Un célèbre Président de l’ancien monde disait que l’on ne sortait de l’ambiguïté qu’à son propre détriment et pourtant il est grand temps d’en sortir.

L’heure n’est plus à la tactique mais aux principes pour paraphraser Kessel car si « tomber est permis se relever est ordonné » comme le dit proverbe. Il est temps de relever la France, halte aux demi-mesures, aux réformes inabouties et aux atermoiements coupables. Depuis l’avènement du quinquennat, le temps présidentiel s’est considérablement raccourci, les réformes doivent être lancées et bien avancées dès la mi-mandat, la réélection ne peut plus être l’enjeu majeur comme nous l’ont enseigné les deux prédécesseurs d’Emmanuel Macron sous peine de paralysie.

Après 6 mois d’exercice du pouvoir, je ne sais toujours pas si nous sommes dans un nouveau monde mais je sais que l’heure de la dernière chance, elle, a, sonné. La France doit redresser son image à l’étranger comme un pays où il fait bon investir, produire et travailler, elle doit redonner ses lettres de noblesse au travail pour nos compatriotes, elle doit renouer avec un véritable patriotisme économique du 21e siècle et non du 20e , enfin elle doit redevenir une terre de possibilités pour le plus grand nombre. Depuis trop longtemps, nous avons cessé de rêver à l’avenir pour nous plonger dans les affres de la nostalgie « L’idée d’avenir est plus féconde que l’avenir lui-même » disait Bergson, puisse ces cinq années ensemencer notre pays pour que nous assistions à sa renaissance.