Créer davantage de passerelles insertion-entreprise par Stéphane Viry

stéphane viry député des vosges-4.jpg

Stéphane Viry, Député des Vosges depuis 2017, a été repéré en 1989, à 19 ans, par Philippe Séguin, auprès de qui il a été conseiller municipal puis Adjoint au maire. Il poursuivre auprès de Michel Heinrich à partir de 1997. Il interrompt son engagement politique en 2001 pour créer son cabinet d’avocat, tout en gardant un fort lien au territoire (notamment président du SAS Football où il met en place des actions citoyennes avec « Faire plus que du sport »). Il rejoint l’équipe menée par Michel Heinrich en 2014, en tant que conseiller municipal en charge de la prévention, et vice-Président de l’Agglomération d’Epinal en charge du Développement économique.

 

Quelle place accordez-vous à l’entreprise ?

Je considère que l’entreprise, au lieu d’être perçue comme un épouvantail par certains, doit être au cœur de notre projet de société. Car nous pouvons retourner le problème de la création de richesses dans tous les sens : l’entité qui crée de la valeur dans un pays, c’est l’entreprise, sous toutes ses formes : un indépendant, un artisan, une PME-PMI, une grande entreprise. C’est pourquoi les politiques publiques doivent soutenir les initiatives, au lieu de les freiner par des contraintes administratives aujourd’hui insupportables. Il faut de la souplesse, de l’adaptabilité. Le droit à l’initiative doit être soutenu. Il faut encourager l’entreprenariat : « monter sa boite » n’est pas réservé à une caste mais doit pouvoir être une fierté partagée, même si cela devait conduire à un échec. Le bénéfice personnel est toujours important en termes d’expérience.

 

Qu’est ce qui ne fonctionne pas dans notre société ?

Je suis surpris, dubitatif, perplexe sur le fait que bon nombre d’entreprises ne trouvent pas de réponse à leurs offres de travail, dans un pays qui comptabilise plus de 5 Millions de chômeurs ou personnes en dehors d’une situation d’emploi durable, le plus souvent malgré elles. Il me parait qu’une des exigences de ce quinquennat devrait être de trouver une solution à cette inadéquation demande/offre d’emplois insupportable ; l’employabilité de tous est un enjeu de société si nous voulons favoriser le bien vivre en commun. Il est de la responsabilité collective de donner à chacun sa place dans la Société. C’est l’image de la République à laquelle je crois.

 

Quelles sont vos solutions ?

Je crois qu’une sérieuse réforme de notre système de formation professionnelle et d’apprentissage s’impose. C’est nécessaire, afin d’arriver à un parcours sécurisé tout au long de la vie. En effet, l’égalité des chances réelle n’est pas un fantasme. Nous pouvons l’approcher en mettant l’Homme au cœur du projet. Personne ne doit être désœuvré, laissé seul, mis au ban de la société. Pour moi, chacun doit être en formation initiale, en emploi, ou en (re)formation. L’essentiel du projet de notre société doit être de développer l’employabilité de tous dans notre pays. Et pour les personnes les plus éloignées de l’emploi, il faut mettre en place des parcours d’insertion en lien avec les entreprises, en coordonnant la formation pour aider à monter en compétence, dans un souci d’adaptabilité et d’insertion durable dans l’emploi.

 

Et pour ceux qui sont encore trop éloignés de tout emploi ?

Certains ne sont pas « employables » : décrochage scolaire, problèmes de santé, problèmes personnels graves, accident de parcours… notre société doit savoir réparer et remettre en selle, mettre le pied à l’étrier en utilisant tout l’arsenal de mesures qui permettent de créer un parcours cohérent, enthousiasmant, avec à la clé un débouché clair. En somme, nous devons valider un contrat social entre l’Etat et la personne concernée, lui donner des objectifs et un planning prévisionnel, comme pour un parcours de soin coordonné qui doit mener à la guérison.

En tant que Parlementaire, j’ai été nommé rapporteur pour avis sur le Projet de Loi de Finances pour 2018 sur la partie Travail, Emploi et Formation professionnelle. J’auditionne de nombreux acteurs de terrain, des présidents de fédérations et d’associations, des chefs d’entreprises, syndicats, des conseils nationaux qui font quasi unanimement le même constat et des propositions semblables telles que je les reprends ici. Nous ne sommes pas sur une autre planète, simplement pragmatiques. J’ai tendance à croire les professionnels qui ne sont pas des doux rêveurs.

 

Dans ce contexte, que pensez-vous de la diminution des contrats aidés ?

Quelle que soit notre sensibilité, nous ne pouvons pas en matière d’insertion raisonner qu’en termes de comptabilité ou de moyens : il faut raisonner en termes de bénéfice social et de politique publique de l’emploi.

Soit nous considérons que les contrats aidés sont un moyen pour le retour durable à l’emploi et ils font partie intégrante de la politique publique de l’emploi, soit nous considérons que les contrats aidés sont des gadgets et dans ce cas, il est envisageable d’en baisser les crédits. Pour les raisons évoquées plus haut, ce n’est pas ma conception des choses. Car au final, le secteur marchand paie aussi la « non insertion de masse » que nous connaissons.

 

Vous prônez un droit à l’expérimentation territoriale, pouvez-vous développer ?

Je crois que les territoires sont de vrais laboratoires d’innovation sociale : la richesse des actions menées au local, en lien avec toutes les associations et entreprises d’insertion, est la garantie de la réussite de long terme de tout programme ambitieux de retour au plein emploi. C’est pourquoi je vais solliciter que la Loi accorde aux territoires un Droit à l’expérimentation locale, une sorte de dérogation pour libérer les initiatives publiques et privées.

En matière d’insertion, il y a eu des initiatives locales visant à organiser une compensation active à l’octroi des aides de solidarité. Je suis favorable. Ce n’est pas être dans une vision ultra-libérale, au contraire : il faut cependant que cela soit bien expliqué. Il ne s’agit pas de donnant-donnant, mais de contrat de confiance et de marchepied vers l’emploi durable.

 

Vous souhaitez qu’il y ait plus de liens entre le secteur de l’insertion et celui de l’emploi marchand ? pourquoi ?

En effet, je considère que nous ne pouvons pas opposer les deux secteurs d’activités que sont l’insertion et l’activité économique classique : les deux sont intimement liées et doivent se répondre pour favoriser l’employabilité des uns, et la compétitivité des autres.

Je crois au cercle vertueux qui consiste à mieux prendre en charge les personnes éloignées de l’emploi pour les aider à retrouver une activité pérenne, pour baisser le coût social du chômage et par conséquent les charges payées par les employeurs. Pour ce faire, il faut que l’économie marchande s’ouvre davantage au monde de l’insertion par l’économique, car l’entreprise doit être un acteur à part entière du parcours coordonné d’insertion.  

Avec cette nouvelle approche, c’est notre modèle social qui sera amélioré, au bénéfice de tous.