Accompagner les mutations industrielles pour soutenir et favoriser des secteurs d'avenir par Michel Vialay

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Adjoint au Maire dès 1995, Michel Vialay a pris les commandes de Mantes-la-Jolie depuis 2005. Maire de la ville centre d’une agglomération dont il est Vice-Président, il connaît bien les problématiques de la désindustrialisation dont le Mantois a souffert. Député des Yvelines depuis juin dernier, il a choisi de siéger au sein de la commission Développement Durable et Aménagement du Territoire car il est convaincu qu’une des clés du dynamisme de notre pays réside dans la synergie entre ces deux dimensions.

 

En France, les mutations industrielles sont toujours vécues comme des traumatismes. Qu’en pensez-vous ?

Depuis toujours, des entreprises naissent et des entreprises disparaissent, et on oublie que cela fait partie d’un cycle normal. Et ce qui est surprenant, c’est que dans les deux cas, l’accompagnement de ces cycles est rarement anticipé et pour le mieux tardif, le plus souvent inexistant.

Certes, quelques dispositifs ont été récemment mis en place au bénéfice des start-up dans le cadre du Pacte pour la compétitivité, la croissance et l’emploi, et dont les effets à moyen terme mériteraient, d’ailleurs, d’être évalués.

Mais surtout, c’est quand les entreprises sont en grande difficulté avec un risque fort de fermeture que l’accompagnement semble le plus faire défaut. D’emblée, on en cherche les causes dans une mauvaise gestion, une croissance qui n’aurait pas été maîtrisée, une perte de compétitivité due à des coûts de production trop importants, … ou on accuse l’actionnariat pour sa gourmandise.

Pourtant, nombre d’entreprises sont tout simplement en phase de déclin, sous l’effet des nouvelles technologies et notamment d’une numérisation accélérée, ou d’une production qui ne répond plus aux besoins des consommateurs.

Ainsi, elles ne peuvent répondre à l’accélération des évolutions de notre environnement, qui trouvent traduction dans une offre de produits avec des modèles de consommation qui ont changé, et des modes de distribution où la croissance d’internet bouleverse la donne.

 

Quel regard portez-vous sur cette conjoncture ?

Face à ces situations, les attitudes du corps social et des pouvoirs publics sont inadaptées, et ce pour plusieurs raisons :

-          Les salariés sont arc-boutés sur la pérennité de leur entreprise sous sa forme actuelle, qu’il s’agisse de son organisation ou de la défense des acquis sociaux,

-          Les dirigeants sont parfois très démunis pour trouver des solutions, soit par des capacités financières insuffisantes face aux enjeux, soit par une règlementation du travail qui ne leur permet pas des évolutions viables, soit parce que leurs compétences ne leur permet pas de projeter le savoir-faire de leur entreprise sur d’autres secteurs d’activités,

-          Les décideurs publics interviennent le plus souvent à postériori, quand les conflits sociaux sont déjà engagés … et que la pression médiatique vient réclamer son lot de solutions à court terme.

 

Toutes ces positions de résistance sont stériles et coûteuses. On dépense parfois beaucoup pour « sauver des emplois » dont tout le monde sait qu’ils sont déjà morts depuis longtemps. Plutôt que d’anticiper ces évolutions, de les afficher avec lucidité, et de travailler collectivement à organiser les transitions nécessaires, nous subissons de plein fouet les mutations industrielles sans les préparer.

 

Oui, mais c’est le fruit de notre histoire. La France a toujours eu des difficultés à se réformer. Des évolutions sont-elles possibles, selon vous ?

A force d’observer les expériences réussies de nos voisins européens, nos concitoyens prennent de plus en plus conscience de la nécessité de faire évoluer la législation du travail et d’ajuster les charges qui pèsent sur nos entreprises pour qu’elles retrouvent un niveau concurrentiel.

Pour autant, si ces évolutions sont capitales, elles ne sont pas suffisantes.

En réalité, l’accompagnement des mutations industrielles est une des clés complémentaires pour le dynamisme de notre pays.

Il est tout d’abord nécessaire que nous acceptions de partager des visions à moyen et long terme. Le cycle d’une entreprise n’est pas celui de la réponse immédiate aux questions du JT de 20h, qui inscrit souvent ses interventions sous l’angle du fait divers plutôt que de la pédagogie. Les décisions prises dans l’urgence répondent le plus souvent à une problématique du moment et ne traitent pas les sujets de fond. La résistance à une pression médiatique est donc profitable à tous, et c’est un travail collectif à mener.

Quelques-uns en ont pris le parti et leur expérience est riche d’enseignements.

Par exemple, sur mon territoire, le Groupe EDF a mis en place un processus complet pour accompagner la fermeture et le démantèlement de la centrale thermique de Porcheville, dans les Yvelines.

-          Dès la décision d’une décrue progressive de la production devant mener à l’arrêt complet de la centrale, une gestion active des ressources humaines a été engagée avec un travail en profondeur au niveau de la gestion des carrières : mobilités géographiques ou professionnelles, formations, … différents dispositifs ont permis d’anticiper et d’accompagner les salariés.

-          Les travaux de déconstruction du site et de réhabilitation des terrains qui débuteront prochainement prendront plusieurs années, et EDF a souhaité privilégier au maximum le recours à des entreprises locales pour les réaliser.

-          Surtout, elle a engagé dans le même temps une concertation pour savoir comment revitaliser le site. Très participative dans sa démarche, EDF s’est inscrite dans une logique partenariale avec la volonté d’une construction commune sur l’avenir du site qui rassemble tous les acteurs économiques : les élus, la CCI, …

Il appartient donc à tous de se saisir de cette opportunité pour soutenir et favoriser des secteurs d’activité porteurs d’avenir.

 

A quels secteurs d’activité faites-vous allusion ?

En 2013, Laurent CARROUE, Professeur d’Université, spécialiste de géographie économique, faisait le diagnostic des mutations en cours des systèmes productifs, et invitait à en profiter pour diversifier les secteurs d’activité sur un même territoire. Les champs potentiels qu’il identifiait dans cette perspective sont considérables, qu’il s’agisse des énergies nouvelles et décarbonées, de la mobilité durable, des technologies vertes, de la chimie du végétal, …

 

La volonté de concilier écologie et économie peut profiter de cette transition. Les élus doivent aussi chercher à conjuguer les évolutions avec des emplois de tous niveaux de qualification, à l’image des bassins d’emplois qui ont souffert de la désindustrialisation.

Ainsi, les nouvelles technologies, les enjeux de l’économie circulaire et les solutions les plus innovantes peuvent être privilégiées et ouvrir sur des activités très pointues. Mais la réflexion peut aussi conduire à retrouver des modèles que nous avons abandonnés contrairement à nos voisins européens. Par exemple, à la différence de l’Allemagne, le système de consigne des bouteilles en verre n’a pas résisté à l’automatisation de l’industrie. Pourtant, toutes les études montrent qu’à l’appui des nouvelles technologies, ce système apporterait à présent un avantage écologique, un avantage économique, et serait créateur d’emplois.

 

Que proposez-vous pour permettre ces évolutions ?

Plusieurs dispositifs sont nécessaires pour accompagner ces transitions, et notamment :

-          Des facilités pour mobiliser le foncier nécessaire, avec un pouvoir accru des élus en matière d’urbanisme. L’implication en amont des élus, et leurs politiques d’aménagement du territoire peuvent, là aussi, être des éléments clés.

-          Laurent CARROUE rappelle à raison qu’un appui par des politiques sectorielles publiques est indispensable. Des soutiens financiers ciblés en faveur des secteurs à privilégier doivent donc être mobilisés, comme le font d’autres pays. Nous devons investir pour l’avenir plutôt que de soutenir ce qui est dépassé.

-          Plus de souplesse pour les entreprises pour engager des travaux de réflexion et d’évolution sans information préalable systématique de leur comité d’entreprise, qui s’apparente plus à des séquences de négociation alors que la situation nécessiterait d’explorer plusieurs pistes.

Par ailleurs, et après la prise de conscience des évolutions de leur secteur d’activités, les entreprises ne disposent pas toujours des moyens d’assurer les transitions qui leur seraient nécessaires : soit par insuffisance de capital, soit car elles n’ont ni la taille critique ni le savoir-faire indispensables.

-          A l’identique de ce qu’un grand Groupe comme EDF est en capacité d’assurer de façon autonome, il faut créer des structures de coordination des différents acteurs, et en dégager les moyens. Le département semble être la bonne échelle pour constituer une ingénierie d’accompagnement, mais c’est au niveau de l’Etat que des moyens financiers conséquents devront être dégagés pour répondre aux défis de ce saut qualitatif.

Devenir leader sur de nouveaux secteurs d’activités à fort potentiel, préserver l’indépendance de la France, cela passe par une politique courageuse de soutien aux entreprises performantes dans ces domaines, et le gouvernement serait inconscient s’il ne se saisissait pas de cet enjeu avec force et volonté.