Liberté d'agir et d'entreprendre, libérer les énergies par Jean-François Copé

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Jean-François Copé évoque son projet économique pour la France. Un projet axé sur un retour du leadership politique et une défense assumée de la liberté d'entreprendre !

 

1) Avec l’annonce du projet de loi El Khomri, les entreprises deviennent depuis quelques semaines le point nodal des discussions politiques. Quelles sont, selon vous, les plus grandes difficultés auxquelles sont confrontées aujourd’hui les entreprises ?

 

Vingt mois durant, j’ai pris mon bâton de pèlerin et j’ai parcouru la France à la rencontre des Français dont de de nombreux entrepreneurs. Je les ai longuement écoutés, et j’ai cherché, avec eux, des solutions pour sortir de l’impasse. J’ai rassemblé ces réflexions et propositions dans mon Livre le Sursaut français. Je crois que le bilan actuel est clair et unanime.   Les entreprises sont écrasées par les charges : le taux d’imposition total des bénéfices –charges sociales incluses – s’élève à 65%, contre 50% en Allemagne et 25% en Irlande… Conséquence : le taux de marge est extrêmement faible. Les entreprises manquent de compétitivité et ne peuvent investir pour préparer l’avenir.

 

Sans oublier que le dialogue social est complètement sclérosé. Les manifestations d’une minorité agissante contre la loi Travail en disent long. A ce triste panorama, s’ajoute un Code du travail qui écrase d’obligations les entreprises et qui dissuaderait même le plus féru des talents de se lancer dans l’entreprenariat. Pourtant, la création d’entreprise est synonyme de croissance et d’emplois.  Autant dire que le contexte est hostile à l’entreprenariat. L’urgence est donc de libérer le travail, de libérer nos talents.

 

2) Le texte de loi proposé par le Gouvernement apporte-t-il une réponse à ces problèmes ?

 

Le premier avant-projet de loi allait dans le bon sens. Mais, cédant aux pressions syndicales, le Gouvernement a reculé sur tous les plans. Le résultat tourne à la pantalonnade : le marché du travail risque de rester plus figé que jamais. Je pense par exemple à la question des seuils sociaux et fiscaux qui risquent de sortir rigidifiés de la loi. Je milite, à l’instar de Génération Entreprise, pour qu’ils soient une fois pour toutes relevés !  

Et puis combien de temps encore va-t-il falloir attendre que ce projet soit voté ? Cela fait des années qu’un assouplissement du marché du travail aurait dû être réalisé, surtout quand on sait que le temps minimum d’une procédure législative ordinaire est de 15 mois. Ce texte ne rentrera pas en vigueur avant la fin du mandat de François Hollande… Que de temps perdu !

 

3)  Existe-t-il un moyen pour un gouvernement réformateur d’accélérer le processus ?

 

Il faut que notre pays soit de nouveau commandé avec un Président de la République qui assume ses responsabilités, qui arrête d’avoir la main qui tremble dès qu’il s’agit de réformer, qui cesse de vouloir séduire ceux qui n’ont pas voté pour lui, qui ne recule plus à la moindre difficulté. Je propose donc de gouverner par ordonnances à l’instar du Général de Gaulle en 1958-1959. Les ordonnances sont le seul moyen de mettre en place des réformes d’application immédiate, dont le contenu aura été tranché en toute transparence avec les Français lors de la campagne présidentielle. C’est ainsi que nous éviterons que les blocages: on n’a jamais vu une grève générale au milieu du mois d’août !

Les ordonnances sont la clé d’une gouvernance efficace, à l’inverse d’un référendum ! Pourquoi renvoyer à un nouveau vote à l’automne ce qui aura été tranché par les François lors de l’élection présidentielle avant l’été ? Le référendum c’est un alibi pour ne pas faire, l’ordonnance,  c’est la clé pour réformer.

 

4) Quelles mesures prendriez-vous précisément par ordonnance pour libérer les énergies des entreprises ?

 

Libérer les énergies des entreprises, c’est leur donner une nouvelle bouffée d’air en baissant leurs charges financières. Trop élevé, le coût du travail entrave les embauches et empêche les entreprises d’être compétitives, non pas avec les ateliers chinois mais avec les usines allemandes.

Je propose donc de baisser les charges de 34 milliards € en les transférant sur la consommation. C’est le principe de la TVA antidélocalisation, que Génération Entreprise défend aussi. Déjà instaurée par l’Allemagne, le Danemark et l’Italie, je la préconise depuis des années. Je regrette d’ailleurs que la droite ait calé à ce sujet en 2007. La TVA antidélocalisation a le double avantage de rendre le travail plus compétitif et d’améliorer la balance commerciale, puisque les produits français sont plus compétitifs à l’export. Je propose aussi de baisser l’Impôt sur les Sociétés de 5 milliards €, soit – 8,5%, pour revenir dans les standards européens d’imposition des entreprises.  Au total, ce seront prêts de 40 milliards d’euros par an qui seront rendus aux entreprises et donc, par ricochet, à terme aux salariés et aux investisseurs.

J’ajoute qu’en parallèle, il faudra définitivement supprimer l’ISF et baisser la fiscalité sur la cession des entreprises (via un prélèvement forfaitaire libératoire inférieur à 30%) pour stopper l’exode des investisseurs français.

 

5) Vous dites vouloir fortement baisser les charges qui pèsent sur les entreprises. Mais dans le contexte budgétaire actuel, est-ce réaliste ?

 

Il n’est pas question pour moi de creuser encore les déficits alors que le niveau de notre dette est déjà insoutenable. La moindre remontée des taux d’intérêt risque de nous étrangler et de nous mettre à la merci de créanciers étrangers. La réduction de notre dette publique est un choix de souveraineté ! J’ai identifié 47 milliards d’économies par an (retraite à 65 ans, fusion départements régions, gel des dépenses sociales, gel des dépenses de l’Etat, suppression du Tiers payant, suppression de l’AME, dégressivité des allocations chômage…) qui permettraient de financer 27 milliards de dépenses nouvelles et de dégager 20 milliards d’économies par an. Soit 100 milliards sur 5 ans. En se basant sur une hypothèse – prudente – de 1 % de croissance par an sur la durée du prochain quinquennat, cela permettrait de réduire la dette financière et d’atteindre l’objectif de 50 % de dépenses publiques par rapport au PIB en 2022, contre 56,4 % aujourd’hui.

 

6) La baisse des charges est-elle la seule mesure que vous préconisez pour libérer le travail ?

Non ! Je propose de généraliser le référendum d’entreprise, sans aucun pouvoir de blocage pour les syndicats. Ce référendum permettrait de déroger aux dispositions du code du travail dès lors que les salariés y sont majoritairement favorables ! C’est ainsi que nous sortirons enfin du carcan des 35 heures !

Dans un autre registre, je souhaite que chaque jeune bénéficie dès 16 ans d’un numéro de SIRET personnel en complément de son numéro de sécurité sociale. L’activation d’un numéro de SIRET personnel permettrait d’éviter toute formalité bureaucratique harassante, donnant à chaque Français la possibilité d’être rémunéré aisément, de créer sa propre activité, de prendre des risques, d’entreprendre. Ce serait un symbole fort !  C’est seulement ainsi que notre France, qui regorge d’énergies, pourra entrer de plein pied dans le 21e siècle pour retrouver le rang qui est le sien. Libérons le travail pour une France décomplexée, pour un sursaut français. Arrêtons de reculer et allons de l’avant pour faire en sorte que nos enfants imaginent leur avenir en France.