Réussir le pari de la E-santé par Arnaud Robinet

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Député-maire de Reims, secrétaire national des Républicains, Arnaud Robinet est pharmacologue de formation et spécialiste des questions de santé. Pour GEEA, il revient sur les promesses de la santé connectée, en terme de progrès médicaux tout au long de la vie comme en matière de développement économique.

Vous êtes un spécialiste des questions de santé au sein de l’opposition. Pourquoi être si attaché à la santé numérique ?

Parmi les principaux leviers de croissance dont dispose l’économie française figure probablement la santé connectée, avec les créateurs d’objets de santé numériques et les applications nombreuses de suivi et de prévention des patients. Dès 2017, le chiffre d’affaires de cette filière diversifiée, allant du bracelet intelligent au dispositif médical implanté le plus pointu, s’élèvera à près de 30 milliards d’euros. Sa croissance est prometteuse.

Où en est la France et l’engagement du Gouvernement dans ce domaine ? Que faudrait-il faire à l’avenir ?

Si le Gouvernement actuel a débloqué des moyens financiers publics notables (80 millions d’euros en faveur de projets innovants, dans le cadre des 34 plans d’Arnaud Montebourg en 2013), le soutien à la E-santé ne passe pas forcément par la multiplication de prêts bonifiés ou de subventions d’Etat à des projets dont la rentabilité est parfois anecdotique. La volonté politique à l’égard de ce secteur implique aussi et surtout de faciliter d’un point de vue normatif l’activité des entrepreneurs de la santé connectée.

Ainsi, concrètement, il revient à l’Etat de libérer massivement les données publiques en matière de santé (l’open data santé). Evidemment, le rôle de la puissance publique sera de garantir la protection des données exigée à raison par chaque usager du système de santé. Il faudra ainsi donner toutes les garanties au citoyen afin qu’il puisse saisir simplement et rapidement une autorité régulatrice, ou le cas échéant, la justice, lorsque son droit à la vie privée n’est pas respecté par un opérateur, public ou privé.

Dès lors qu’un cadre juridique stable et lisible aura été établi par le législateur et le Gouvernement, il faudra donc permettre aux créateurs, aux entrepreneurs, aux médecins mais aussi aux patients, lesquels sont de plus en plus amenés à être acteurs de leur propre santé, de pouvoir accéder à des informations statistiques mises à jour. Cette mesure aura un effet levier considérable pour les objets connectés et les applications en matière de santé (plus de 150 000), lesquels amélioreront les réponses aux défis du parcours de soins de demain (observance des traitements des maladies chroniques, prévention primaire et secondaire, réadaptation et soins de suite, virage ambulatoire, suivi du dossier médical et pharmaceutique personnel…).

En dehors de la santé et des enjeux que vous évoquez, à quels défis la E-santé peut-elle contribuer ?

La France ne peut pas être absente de ce combat, sous peine d’être reléguée dans la compétition qui se livre dans le domaine des technologies numériques. Au-delà des enjeux de santé et de création de valeur, la santé connectée constitue un atout majeur en termes de souveraineté pour une société moderne. Que dira-t-on d’un pays sans invention, sans chercheurs et sans succès médicaux, sinon qu’il est désormais subordonné aux autres puissances plus innovantes ? Que dira-t-on d’un pays qui ne dispose pas de champions industriels et technologiques, dont les données de santé de ses ressortissants appartiennent à des serveurs étrangers et inconnus ? Comment anticipera-t-on certains risques sécuritaires liés à la santé, comme le piratage à distance certains produits de santé (les pacemakers par exemple) ?

Le tissu économique de notre pays recèle de nombreuses pépites appelées à s’affirmer comme les champions internationaux de la santé connectée. Il ne tient qu’à nous, législateurs et élus volontaristes, de libérer l’énergie des entrepreneurs de la santé, en protégeant la vie privée des patients et non les rentes surannées, en encourageant la régulation des acteurs privés et en assurant les entreprises du cadre fiscal et normatif qu’elles réclament à juste titre.