Quand ils parlent de travail, j'entends chômage par Olivier Dassault

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Ils se sont réunis dans un même sac, le gouvernement, les syndicats, les prétendues organisations représentatives de la jeunesse, les « jeunes » manifestants et ces veilleurs d’un nouveau genre qui « veulent changer » le système après les échecs successifs et répétés avec une insistance qui frôle l’admiration de tous les mouvements depuis « Occupy Wall Street » jusqu’aux « Indignés » de Madrid. Je crois même avoir aperçu une pancarte indiquant que se lever pour 1 200 euros était indigne pour un jeune, si j’ai conscience qu’il ne faut jamais désespérer et « qu’aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre des années », il est une certaine jeunesse qui semble avoir perdu totalement le sens de la mesure et qu’il serait injuste de confondre avec la majorité.

Dans chaque gouvernement, de droite ou de gauche, il existe un ministère avec dans son intitulé le mot travail et pourtant sa seule fonction semble d’être d’annoncer les, mauvais chiffres du chômage, mois après mois. Le regretté Patrick Roy, député socialiste du Nord, avait établi sa réputation non seulement grâce à ses vestes de couleurs mais aussi à ses interpellations en séance et notamment celle qui prolongeait l’annonce de la prise de parole du ministre du Travail à laquelle il accolait sempiternellement en la laissant tomber du haut de l’hémicycle : « et du chômage ! ». Sous le couvert du jeu politicien, il énonçait et dénonçait une vérité éclatante, le gouvernement de la France ne compte pas un ministère du travail ou de l’emploi mais un ministère du chômage. François Rebsamen ne s’y trompant pas, préféra retrouver sa Côte d’Or à peine un an après avoir été nommé à ce poste.

Ils manifestent dans les rues, encadrés par les syndicalistes les plus rétrogrades d’Europe, contre un projet de loi qui n’aura d’impact sur rien de ce qu’il serait pourtant nécessaire de réformer pour réellement relancer l’emploi en France : la durée légale du travail hebdomadaire, l’assouplissement du CDI, la défiscalisation des heures supplémentaires, la réforme de la représentativité syndicale dans les entreprises, du rôle de l’Inspection du travail, du travail des apprentis ou encore le fonctionnement de la justice prud’homale etc. La liste est sans fin car notre incapacité à réformer notre marché du travail semble endémique et consubstantielle à notre qualité de Français.

Depuis le début du quinquennat de François Hollande, la France a « gagné » 710 000 chômeurs de catégorie A, c’est-à-dire les personnes n’exerçant aucune activité. Pourtant le gouvernement n’a de cesse d’empiler les annonces politiques soi-disant susceptibles de favoriser l’emploi : CICE, pacte de responsabilité, emplois tremplins, emplois jeunes, qui s’amoncellent pour former le legs, inutile et inefficace, de cette majorité qui n’a jamais su si elle était socialiste, sociale-démocrate ou sociale-libérale.

 

Loin de moi l’idée d’entamer une polémique politicienne car les gouvernements de droite n’ont pas, non plus, de grands motifs de satisfaction en matière de lutte contre chômage depuis 40 anset c’est précisément pour cela que le temps semble venu d’enfin procéder à l’évaluation des 80 dispositifs de soutien à l’emploi existants qui coûtent à la collectivité 85,7 milliards d’euros sans donner de résultats probants.

En France, on le sait, le coût du travail est plus cher qu’ailleurs : 34,6 € par heure contre 31,4 € en Allemagne ou 22,3€ au Royaume-Uni. Quand nous créons des emplois ce sont en majorité des emplois publics : de septembre 2013 à septembre 2015 seules 57 000 personnes ont trouvé un emploi dans le secteur privé. Enfin notre fiscalité sur le travail et la production n’incite ni à embaucher ni à investir.

Assouplir le CDI pour permettre sa généralisation est devenu une priorité reconnue par tous, réduire les incertitudes autour des procédures de licenciement également. Il est essentiel ramener, une bonne fois pour toute, l’impôt sur les sociétés, 38% en France, à la moyenne européenne de 22,15%. Il est impératif d’améliorer drastiquement l’orientation professionnelle à l’école quitte à en faire une matière à part entière. Les accords d’entreprise doivent primer sur le code du travail pour être au plus près de la réalité économique. Toutes ces propositions sont sur la table depuis plusieurs années et pourtant personne, ni au gouvernement, ni ailleurs, ne semble vouloir les mettre en œuvre ni même les expérimenter.

Cela est d’autant plus difficile à comprendre que ces idées ont été diffusées à la télévision, à la radio, dans des journaux, des rapports et des livres par des économistes pourtant plus proches de la sensibilité de la majorité politique actuelle que de « dangereux » ultra-libéraux comme Elie Cohen, Philippe Aghion, Gilbert Cette ou encore Bertrand Martinot. Malgré cette « AOP » politique, nos décideurs en chef continuent à être face à chômage comme une poule face à un couteau : impuissants, inefficace jusque dans leurs propositions de solutions elles-mêmes déjà inefficaces, bouclant ainsi la boucle de l’inutilité.

La loi El-Khomri première mouture était le début du commencement d’un prélude à une très légère amélioration du marché du travail français, la seconde n’en fera pas bouger une poussière. Je continuerai donc, quand ils parleront de travail, à entendre chômage et à penser que si, à l’instar de Mirabeau « le travail est le pain nourricier des grandes nations », la France doit crier famine depuis longtemps.