Du volontarisme en politique par Stéphane Demilly

Stéphane Demilly, Député de la Somme

Stéphane Demilly, Député de la Somme

Stéphane Demilly, Député de la Somme et Secrétaire de la Commission du développement durable de l’Assemblée nationale, est également Président du groupe d’étude sur les biocarburants et Vice-président du groupe d’étude sur l’industrie aéronautique.

Elu de terrain et fort d’une connaissance fine du monde de l’entreprise (fils et petit-fils d’anciens salariés d’Airbus), il entretient des liens étroits avec les acteurs économiques de son territoire.

Il est vrai que notre territoire connaît un certain nombre de handicaps mais aussi de formidables atouts qu’il faut savoir exploiter et valoriser. C’est tout le travail que je mène en tant que député pour en être un véritable ambassadeur à Paris, auprès des décideurs publics et des chefs d’entreprises de notre pays.

Son positionnement géographique, au cœur de la nouvelle grande région Nord-Pas-de-Calais – Picardie, ainsi que la qualité de ses infrastructures constituent des arguments de poids pour convaincre les acteurs économiques de s’y installer.

L’Autoroute A1, qui traverse tout l’Est de la Somme et nous relie rapidement à Lille, Paris, Roissy-Charles-de-Gaulle ou encore Bruxelles par l’A2, la gare TGV Haute-Picardie, qui permet de rejoindre rapidement les grandes villes du nord comme du sud de la France, mais aussi l’aéroport d’Albert – Picardie sont des atouts considérables pour répondre aux attentes des chefs d’entreprises.

Parmi les entreprises présentes dans votre circonscription, on note la présence de Stelia Aerospace, filiale du groupe Airbus. Quel est l’impact sur l’emploi et le tissu économique local?

Il est considérable !

Il faut tout d’abord savoir qu’il y a une forte tradition industrielle à Albert, dont je suis Maire, et le territoire proche. J’oserai presque dire que les fondements de la puissance de l’aéronautique français que nous connaissons aujourd’hui y ont été posés !

Henry Potez, ancien maire d’Albert, a en effet tracé le chemin en installant son usine aéronautique à Méaulte en 1922.

Aujourd’hui, la filière aéronautique représente près de 2 500 emplois sur le territoire dont environ 1 500 salariés de Stelia Aerospace. En tout, ce sont plus de 4 500 emplois industriels qui font vivre notre économie locale à l’échelle de la communauté de communes du Pays du coquelicot.

Quel a été le rôle de l’aéroport d’Albert-Picardie dans ce développement ?

Il a été décisif et a déclenché la confiance du groupe Airbus qui a pu voir que les acteurs locaux étaient fiables et engagés pour le développement économique. En 2000, nous lançions donc les premières études et en 2007 l’aéroport ouvrait.

Il faut être clair : sans cet aéroport, c’en était fini de l’industrie aéronautique à Albert. Grâce à lui, nous pouvons faire atterrir le Beluga et transporter les pointes avant de l’A380 fabriquées à Méaulte et naturellement garder la compétence exclusive de cette fabrication très spécifique.

En 2010, débutèrent les premières fabrications de pièces composites et l’assemblage multi-matériaux (domaine d’excellence du site Stelia de Méaulte), avant que nous créions en 2011 une Zone d’Aménagement Concerté.

De là, plusieurs entreprises ont ouvert leurs portes créant de nouveaux emplois et permettant de créer un véritable écosystème industriel.

Cerise sur le gâteau, nous avons inauguré cette année une plate-forme d’innovation baptisée IndustriLAB. Elle est dédiée aux process et à la robotique ainsi qu’aux nouveaux matériaux et au composite. Cet outil est ouvert à toutes les entreprises et à toutes les filières du Nord-Picardie et au-delà.

Comment vous y êtes vous pris pour obtenir ce résultat ?

Il a fallu convaincre et travailler en partenariat !

Cela n’a pas été un long fleuve tranquille. Sans cette ténacité mutualisée, nous n’en serions pas là aujourd’hui.

C’est comme cela que je conçois ma mission d’acteur politique.

 « Mouiller le maillot » comme on dit, aller chercher les investisseurs, travailler en partenariat, ne jamais renoncer et surtout parler vrai et parler franc, car c’est le langage des chefs d’entreprises.

Ils n’attendent pas de nous des discours politiciens préconçus, mais du concret, des actes, la preuve que nous pouvons travailler ensemble, sans dogmatisme.

Chaque année, je me rends au salon du Bourget pour aller à la rencontre des chefs d’entreprises et des porteurs de projets. Je leur présente les atouts de notre territoire, les outils dont nous disposons et je les invite à venir sur place pour constater par eux-mêmes les avantages de venir s’installer.

Parmi vos chevaux de bataille à l’Assemblée nationale figure également celui des biocarburants, sujet sur lequel vous avez été l’un des premiers parlementaires à vous engager. En quoi est-ce complémentaire avec votre engagement en faveur d’un savoir-faire industriel français ?

J’ai toujours défendu l’innovation et la recherche de nouvelles idées pour créer de l’emploi et préparer l’économie de demain. Par ailleurs, je suis très sensible à la question environnementale.

C’est aujourd’hui quasiment une banalité de dire cela, mais je suis convaincu depuis de nombreuses années que l’innovation, le développement économique et le développement durable sont étroitement liés.

En réutilisant des déchets agricoles, des résidus végétaux ou des graisses animales non alimentaires pour fabriquer de l'énergie nous sommes ici pleinement dans la démarche d'économie circulaire dans laquelle nos pays industrialisés doivent s’engager.

Nous réduisons également notre impact sur l'environnement puisque les rejets en CO2 des biocarburants sont considérablement réduits par rapport aux énergies fossiles.

Les avancées récentes dans le domaine des biocarburants de 2ème et 3ème génération sont donc très encourageantes.

Certains constructeurs automobiles ont d’ailleurs annoncé dernièrement leur volonté de commercialiser de nouveaux modèles, ce qui démontre la pertinence du sujet.

Les motoristes aéronautiques ne sont pas en reste, de nombreuses expériences sont menées dans ce domaine.

Le gouvernement a d’ailleurs lancé, au début de l'été, une étude sur le recours aux biocarburants dans l'aéronautique.

En ma qualité de Président du groupe d’étude sur les biocarburants à l’Assemblée nationale, je n’ai de cesse de maintenir la pression pour leur développement.

Je ne peux que me réjouir du passage de 400 à 600 pompes de superéthanol E85 dans les stations services françaises ces deux dernières années, soit l’ouverture d’une pompe par semaine en moyenne.

Enfin, autre gros dossier que vous défendez, celui du projet de Canal Seine-Nord Europe. En quoi est-il important pour l’économie du territoire ?

Je me bats depuis des années, sur le terrain, avec les élus locaux du territoire, pour faire aboutir ce projet qui pourra générer jusqu'à 50 000 emplois directs et indirects d'ici 2050.

Pas moins de 4 500 emplois directs et autant d’emplois indirects seront créés pendant la phase chantier, et ce ne sont pas moins de 25 000 créations nettes d’emplois qui, d’ici 2030, viendront apporter une formidable bouffée d’oxygène à des territoires souvent sinistrés par les fermetures d’entreprises et les plans sociaux.

Aujourd'hui, nous sommes parvenus à un consensus politique très large et nous avons obtenu un financement européen historique : 42% du cout du projet, soit 1 milliard d'euro sur la 1ère tranche, puis un autre milliard sur la 2ème tranche de travaux. Les 27 Etats de l'Union européenne ainsi que la commission européenne ont validé ce projet, c'est dire l'importance qu'il représente mais aussi la qualité de ce que nous avons présenté à l'Union européenne.

Par ailleurs sa construction permettra un report modal de la route vers la voie d’eau équivalent à 500 000 poids-lourds par an quelques années après sa mise en service, sachant qu’un convoi fluvial de 4 400 tonnes transporte autant de marchandises que 220 camions. Une péniche de 1 500 à 3 000 tonnes émet par ailleurs 3 fois moins de CO2 qu’un camion.

Ce projet, d'une envergure historique pour notre pays, s’inscrit dans une triple démarche d’aménagement du territoire, de développement économique et de développement durable.

Ce sont ces trois axes qui guident mon action de parlementaire et qui structurent mon engagement.