Pour une transition économique par Olivier Dassault

La France a-t-elle un problème fondamental avec ses entreprises? A l’occasion du colloque de Génération entreprise et entrepreneurs associés (GEEA) qui a eu lieu le 6 décembre à l’Assemblée nationale, Alexis Brézet évoquait la schizophrénie des Français qui d’un côté n’aiment rien tant que créer des entreprises, 550 000 en 2011 et, de l’autre, restent persuadés que les entrepreneurs ne pensent qu’à leur portefeuille ou ne font qu’exploiter le travail des autres.

Où est la vérité? Difficile à dire car aux yeux des Français, c’est l’État qui incarne le bien commun, les intérêts particuliers – et donc les réussites individuelles - sont regardés avec suspicion. Dans son acception maximale l’égalité, cette passion française, a malheureusement pour résultat une uniformité qui bride les talents. Favoriser leur émergence, c’est vouloir rééquilibrer liberté et égalité afin qu’elles se complètent non qu’elles s’annulent. En voulant trop protéger ses citoyens contre les aléas du monde, en créant de très confortables amortisseurs sociaux – efficaces en temps de crise mais handicapants en période de relance - la France n’incite ni à la prise de risque ni à la valorisation du succès. Cette tradition étatiste, symbolisée par les velléités de nationalisation de Florange défendues à gauche comme à droite ; ce goût de l’égalité, sont ancrées dans l’Histoire de notre pays. Notre ambition n’est pas de les renverser mais de travailler à trouver un équilibre qui permettra d’ouvrir réellement notre pays à l’économie de marché dans ce qu’elle peut avoir de plus bénéfique pour lui. Voltaire n’écrivait-il pas «le pays où le commerce est le plus libre sera toujours le plus riche et le plus florissant»? N’avait-il pas fondamentalement raison?

Ce que nous avons souhaité faire à GEEA, c’est ouvrir un dialogue permanent entre acteurs publics et acteurs privés, associer députés et entrepreneurs dans une même structure pour qu’ils se parlent, se comprennent et apprennent les uns des autres. L’heure est venue d’inventer quelque chose de neuf: le système français fait d’assurances en tout genre est à bout de souffle. Notre croissance moyenne n’a cessé de chuter depuis les cinquante dernières années passant de +5% dans les années 50 à moins de 2% dans les années 2000. En 2013 les prévisions les plus optimistes, celles de Bercy, nous gratifient de 0,8% alors qu’il est plus probable que nous soyons à 0,4% voire à zéro. Les Français souffrent d’une addiction à la dépense publique, entretenue par leurs gouvernants qui, depuis plus de 30 ans, se font élire en promettant toujours plus de dépenses jamais moins. Résultat: notre dette publique est aujourd’hui estimée à 1 832 milliards d’euros, soit 89,9% du PIB! Il faut sincèrement regretter que la baisse de la dépense publique ne soit pas un meilleur argument électoral en France car c’est notre modèle qui, si l’on ne fait rien, se fracassera bientôt contre le mur de la dette. Le sevrage devra être progressif mais ferme. On ne sauvera jamais la France et son modèle en dépensant plus, Aussi n’est-il pas temps d’en finir avec ces fausses promesses, de tenir un discours de vérité pour permettre à nos concitoyens d’appréhender la réalité du monde telle qu’elle est?

Pourquoi ne pas envisager, à l’instar de la transition énergétique, une transition économique, vers un modèle plus libéral où le succès est récompensé, la prise de risque encouragée et la concurrence la norme? Le capitalisme français doit retrouver ses lettres de noblesse en redevenant un capitalisme d’investisseurs et d’entrepreneurs. Les seconds n’existeront pas sans les premiers. Aussi la tâche du gouvernement est de chercher à les stimuler, non l’inverse, pour qu’ils puissent jouer pleinement leur rôle de moteur de l’économie et injecter du capital dans nos TPE et PME. Le génie français existe pourtant toujours bel et bien. J’en veux pour preuve la superbe réussite de Bertin Nahum - né au Sénégal mais éduqué en France - patron de MedTech, PME montpelliéraine, récemment classé quatrième entrepreneur le plus révolutionnaire au monde derrière Steve Jobs, Marck Zuckerberg et James Cameron. Mais c’est son succès à l’étranger - en Italie, en Allemagne aux États-Unis - qui lui a permis de convaincre les hôpitaux de France d’acheter son robot chirurgical, illustrant les difficultés pour nos entrepreneurs d’être reconnus dans leur propre pays. Ce que j’appelle de mes vœux avec les membres de GEEA c’est une « réforme mentale » pour reprendre l’expression de Maurice Barrès. Cette réforme mentale doit se faire pour apprendre à nos concitoyens à aimer la liberté économique comme ils ont appris à faire des économies d’énergie ou du tri sélectif. Refuser la dépense publique inconsidérée et quitter cette dépendance vis-à-vis de l’État voilà son objectif. Cette réforme concerne également les responsables politiques qui doivent avoir le courage de sortir du mortifère cercle vicieux du «dépenser toujours plus». Courage politique, ouverture d’esprit, ambition intellectuelle telles sont les lignes directrices de GEEA. Nous sommes très heureux de vous présenter cette dernière livraison de notre revue qui en illustre bien l’esprit.