Compétitivité des entreprises et gestion des finances publiques sont intimement liées par Eric Woerth

Eric Woerth, ancien ministre, député de l’Oise, évoque la nécessité de gérer efficacement les dépenses publiques pour améliorer la compétitivité des entreprises. Trop de charges, trop de contraintes épuisent l’entreprise et l’empêche d’investir : la marge brute des entreprises françaises est de 27% contre 40% en Allemagne.

 

La santé des entreprises est-elle liée aux aléas de la politique économique du gouvernement ?

On ne peut pas soutenir l’entrepreneuriat sous toutes ses formes dans notre pays si l’on ne passe d’abord par une solide gestion des finances publiques.

On ne peut pas non plus valoriser la prise de risque associée à la création d’entreprise ou capitaliser sur les expériences réussies si l’esprit entrepreneurial se trouve fragilisé par des politiques publiques ayant un impact négatif sur les opportunités de croissance.

Comment ne pas s'interroger sur la phrase prononcée par François Hollande lors de son interview le 14 juillet dernier « la reprise est là » alors que de nombreux acteurs économiques restent à la fois inquiets et interrogatifs quant à des signaux positifs de reprise suffisants.

S’il ne s'agit que de frémissements, beaucoup ne croient plus aux exercices de communication ratés. Comment donner du crédit à des actes qui enfoncent les réalités ?

L'incertitude stagnante en matière de politique économique entretient la perte de confiance des investisseurs.

Que pensez-vous des mesures actuelles prises à l’égard des entreprises ?

Les mesures de politiques publiques à destination entreprises traduisent un réel manque de volontarisme. Elles ont beaucoup de mal à dépasser les raisonnements qui se concentrent sur la question de la répartition des aides publiques. L'échec de ce qui avait été présenté comme une mesure phare : le CICE peut facilement illustrer ce postulat.

Nombre d'entrepreneurs portent « à bout de bras » des projets ambitieux afin de développer leur activité, de conserver l’emploi de leurs salariés et de maintenir l’attractivité des territoires mais se trouvent limités dans leurs démarches par le poids de l'Etat qui décourage tout esprit entrepreneurial. Les entreprises françaises investissent trois fois moins dans l'innovation que leurs concurrentes américaines ou allemandes, ce qui fragilise la santé de notre économie.

Comment ne pas croire que la récession française et qu’une mauvaise gestion des finances publiques ne fragiliserait pas l'esprit d'entreprendre?

Malgré la crise, sur l’ensemble du quinquennat précédent 2,5 millions d’entreprises ont été créées. Notre politique budgétaire se focalisait sur des efforts structurels alors que l'actuel gouvernement semble s’y résigner.

L'actuelle majorité renvoie au banc des accusés ses prédécesseurs mais commet l'erreur de renoncer aux efforts nécessaires pour la relance économique en abandonnant par exemple le non remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite.

 

Comment restaurer la compétitivité ?

Restaurer la compétitivité ne peut passer par la réponse du matraquage fiscal, ni par des augmentations de charges. Il faut redonner aux entreprises les gages qui permettent de restaurer leurs capacités d'investissement.

Gardons en tête que François Hollande voulait faire de la finance sa principale ennemie.

Alors que les entreprises réclament plus de stabilité, en additionnant les mesures de la loi de finances pour 2013 du 29 décembre 2012 et des deux collectifs budgétaires de l’année 2012 (loi de finances rectificative pour 2012 du 16 aout 2012 et loi de finances rectificative pour 2012 du 29 décembre 2012), on atteint des hausses de prélèvements de près de 17 milliards d’euros. À cette somme, il faut ajouter 3 milliards d’euros de prélèvement écologique que le Gouvernement a prévu pour financer partiellement le crédit d'impôt compétitivité-emploi (CICE). Au total, la hausse des prélèvements sur les entreprises atteint près de 20 milliards d’euros pour un crédit d'impôt de 20 milliards d’euros. Par conséquent, le crédit d'impôt ne fait que compenser les hausses de prélèvements déjà votées ou annoncées. Pour 2014, notons que la loi de programmation des finances publiques a prévu une hausse des prélèvements de 0,3 point de PIB.

Ce poids des prélèvements pesant de plus en plus fortement sur les entreprises fait que leur taux de marge tombe à des niveaux très inquiétants.

Dans une France ébranlée par la crise, plus que jamais que la création d’emplois et de richesses dépend de la compétitivité de nos entreprises et de leur bonne santé financière. Pour parvenir à redresser la compétitivité des entreprises, c’est bien d’abord aux dépenses publiques qu'il faut s'attaquer. C'est en les réduisant, en améliorant leur efficacité et en rapprochant notre coût du travail de celui de nos voisins, que nous pourrons rétablir la compétitivité de notre territoire et de nos entreprises et éviter les drames de l'austérité. A 56,6% de la richesse nationale, elles dépassent de 10 points celles de l'Allemagne et des pays européens en moyenne.

Le coût du travail reste largement supérieur à la moyenne et le poids des 35 heures mises en place par la gauche est encore cinglant. Un peu de réalisme serait utile pour avancer : comment croire encore aujourd’hui le chef de l'Etat et le Premier ministre qui martèlent que la courbe du chômage s'inversera d'ici la fin de l'année. Cette hypothèse semble peu probable.

Pourquoi vouloir déconstitutionnaliser le principe de précaution ?

On gagnerait à écouter les entrepreneurs sur les conditions de leur croissance. Inévitablement ils nous diraient qu’il est essentiel d'investir pour s'adapter et innover. Le gouvernement actuel écrase tout esprit d'initiative. Notre politique économique a besoin d'être modernisée.

Il faut aujourd'hui lever tous les obstacles à la croissance, c'est pour cette raison que j'ai déposé une proposition de loi visant à ôter au principe de précaution sa portée constitutionnelle. Notre économie pâtie aujourd’hui de trop d’entraves qui impactent les démarches de recherche ou d’innovation. Le principe de précaution rend notre société frileuse alors qu'une société devrait pouvoir oser pour avancer.

Il faut identifier les freins qui feraient obstacle à toute progression sociale et ne pas « survaloriser » le doute au risque de bloquer des secteurs d'activités liés à l’innovation ou au progrès scientifique.

Trop de situations de blocage engendrent inutilement des fermetures de sites ou des délocalisations.