Agir pour désamorcer la bombe de la dépendance par Olivier Becht

Olivier Becht est né en 1976 à Strasbourg. Ancien élève de l'ENA (promotion Senghor), il a exercé des fonctions de magistrat administratif avant de s'investir dans des mandats locaux. Il a été Maire de la ville de Rixheim (2008-2017), Président délégué de l'agglomération de Mulhouse (2010-2017) et Vice- Président du département du Haut-Rhin (2015-2017). Il est aujourd'hui Député du Haut-Rhin et Député représentant la France à l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe. 

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Olivier Becht, vous êtes Député du Haut-Rhin et membre de la Commission de la défense nationale et des forces armées. Pourtant, l’un de vos sujets de préoccupation majeure concerne la dépendance des seniors. Pourquoi ?

Comme l’Univers, les enjeux politiques ont également leurs « trous noirs » où nul res- ponsable n’ose vraiment s’aventurer de peur d’être englouti. Le plus grand « trou noir » de ce début de siècle est la question de la dépendance des seniors appartenant à la génération du Baby-Boom. C’est une bombe à retardement dont les effets seront à la fois financiers, sanitaires, humanitaires et économiques.

Quelques chiffres donnent la dimension du sujet. En 2017, le nombre de personnes âgées dépendantes était de 1,3 million. Ce chiffre aura vraisemblablement doublé dans les vingt prochaines années du fait de la pyramide démographique et de l’aug- mentation de l’espérance de vie. L’enjeu est simple : comment allons-nous faire face pour assurer à cette génération des conditions dignes dans le dernier âge de leur vie ?

Pourquoi les solutions actuelles ne suffiraient-elles pas à répondre aux besoins ?
C’est très simple : les EHPAD sont déjà saturés et au bord de l’explosion en ce qui concerne la capacité du personnel à traiter des cas de plus en plus lourds aujourd’hui, il est aisé d’imaginer la situation avec deux fois plus de seniors dépendants et une dépendance encore plus lourde du fait des pathologies apparaissant aux plus grands âges. Sur le terrain, la situation commence déjà à se dégrader. Face à la mutation des structures familiales, de plus en plus de personnes âgées dépendantes se retrouvent seules au domicile dans un état sanitaire parfois dramatique. Ces situations risquent demain de concerner des centaines de milliers de personnes. Si aucune mesure n’est prise rapidement, la France connaîtra alors une catastrophe humanitaire inégalée.

Alors que faudrait-il faire selon vous ?
D’abord sortir la tête du sable. Depuis plus de 10 ans, les Gouvernements successifs se contentent de commander des rapports et de faire voter des lois qui traitent les questions à la marge et renvoient à plus tard les décisions stratégiques. Si on veut éviter le scénario catastrophe, il est indispensable d’apporter des réponses à la fois organisationnelles et financières.

Sur un plan organisationnel, il est vain d’en- visager construire des milliers d’EHPAD supplémentaires. La seule solution sera le maintien, voire l’hospitalisation à domicile, c’est-à-dire toute une filière économique et sanitaire à créer. Certes, des dispositifs existent déjà : portage des repas, soins infirmiers, aides ménagères etc. Ils sont souvent assez performants mais ils ne sont pas tous adaptés aux pathologies qui vont se développer ni en lien avec les centres hospitaliers. Au-delà, il sera surtout impératif de définir des guichets uniques, capables de proposer une offre globale aux familles, et une autorité capable de gérer et de coor- donner le système au quotidien.

Sur un plan financier, là aussi, le défi est de taille puisqu’un tel système pourrait représenter une somme supplémentaire comprise entre 50 et 100 milliards d’euros par an à l’échéance de vingt ans, que personne ne sait aujourd’hui où trouver. L’idée d’une assurance par capitalisation ne marche pas puisque le temps est désormais trop court pour accumuler un capital suffisant.

La cinquième branche de sécurité sociale poserait, elle, la question des cotisations, essentiellement assises sur les salaires, et aurait donc un impact négatif sur le coût du travail. Une solution de type CSG parait également compliquée eu égard au poids déjà lourd des prélèvements obligatoires dans le PIB français. Ainsi, le seul financement réaliste semble s’opérer à dépenses publiques constantes. Cela nous impose donc de faire des choix de dépenses qui sont d’abord des choix de société.

La société française vous semble-t-elle mûre pour faire ces choix ?
Ce sera compliqué car ces choix peuvent entraîner une fracture intergénérationnelle dans la mesure où ils consisteront à demander aux générations actuelles de financer non seulement leur retraite mais aussi les retraites et la dépendance de leurs parents par réduction de certaines dépenses publiques destinées aux actifs. L’effort est considérable et peut porter le germe de la révolte d’une génération contre une autre.

Ces questions doivent donc être mises sur la table du débat public. Elles appellent la définition d’un véritable pacte intergénérationnel, reposant, notamment, sur l’aide que la génération du Baby-Boom, aujourd’hui valide et retraitée, peut apporter à la société. 

Les sciences cognitives comme nouveau vecteur de performance des organisations par Joachim Son-Forget

Joachim Son-Forget est Député de la 6ème circonscription des Français établis hors de France, en Suisse et au Liechtenstein, et Président du think-thank Global Variations qui étudie les effets géostratégiques des innovations technologiques.

Médecin radiologue et docteur en neurosciences, il revient sur l’approche prospective, les apports des sciences cognitives et leurs rôles comme facteur d’innovation.

A l’ère économique de la connaissance, ces approches académiques peuvent être adaptées aux organisations. 

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L'apprentissage des sciences cognitives est-il devenu incon- tournable ?
Sans aucun doute. Une part importante des innovations qui émergent aujourd'hui et qui participeront au monde de demain ont été inspirées par les sciences du com- portement. Je pense notamment au développement de l'intelligence artificielle, aux systèmes d'infrastructures neuronales, ou encore à la technologie Blockchain.

La diffusion et l'exploitation de ces technologies impliquent un nécessaire apprentissage. La compréhension des mécanismes cognitifs est une voie pour se préparer au monde de demain tel qu’il sera construit par l’innovation d’aujourd’hui.

Comment intégrer les sciences du comportement à la stratégie des organisations ?
Les sciences du comportement sont adaptables aux pratiques de management et aux stratégies organisationnelles. Ainsi, les nudges définissent une architecture de choix pour aider les individus à prendre de meilleures décisions, en prenant en compte leurs biais cognitifs. Dans la sphère publique, ils peuvent être intégrés aux campagnes de sensibilisation, dans le secteur privé, ils peuvent participer au renforcement de la culture d'entreprise ou à la mise en place de stratégie organisa- tionnelle ou de ventes.

Des gouvernements à travers le monde se sont déjà dotés de nudge squads, pourtant l'exploitation des sciences cognitives dans la mise en place des politiques publiques reste limitée en France et ces premières tentatives ne sont pas concluantes à mon sens, car le principe des nudges est large- ment améliorable s’il est pensé et fait par des individus à l’expérience plus intégrative et convergente, experts de la vie politique, des affaires et des sciences cognitives. Nous développons au sein de Global Variations une toolbox cognitive appelée « 1-flux » qui dépasse le cadre restrictif et souvent inefficace des nudges. Dans un environnement où les expositions aux stratégies d'influence sont permanentes, il est crucial d’enseigner aux individus et aux organisations les principes de la cognition, indispensables à la compréhension de la société technologique et à l'optimisation des performances. N’oubliez pas que l’IA, les robots et les réseaux sociaux, ont été inventés par l’Homme et pour servir l’Homme, selon une architecture compréhensible par un cerveau humain.

Quelles applications des sciences du comportement participent à la performance des organisations ? Les scénarios prospectifs sont des outils permettant d’explorer l’intention stratégique des acteurs dans un environnement ayant subi des ruptures technologiques. Les grandes mutations - écologiques, technologiques, sociétales - doivent notamment être intégrées aux projections des organisations publiques et privées. Par exemple, le déni des phénomènes écologiques ne sera plus acceptable par les électeurs de demain, des signaux faibles et forts émanant des consommateurs et électeurs de demain - nos enfants, en attestent. Les multinationales qui n'intègrent pas dans leurs stratégies des mécanismes de responsabilité environnementale souffriront demain d'un risque de réputation ; ces mécanismes doivent par exemple être adaptés aux mémoires infantiles connotées positivement pour un groupe d’individus, être en écho à la peur de la perte pour inciter à protéger l’environnement, ou développer des stratégies attirant le focus attentionnel sur tel ou tel objet d’intérêt. 

La gestion des ressources humaines est également cruciale. Comprendre les pro- cessus mentaux conscients et subliminaux des acteurs de l’entreprise - managers, collaborateurs et dirigeants, aide à mener les transformations avec succès.

Quels risques représentent l'in- formatisation de la société pour les décideurs publics et privés ? La collusion entre les sciences de la cognition et l'innovation est très forte. C'est le paradigme actuel de l'économie de la connaissance qui permet l'essor des inno- vations technologiques basées sur des formes d'IA, comme la Blockchain, qui fonc- tionne en réseau décentralisé et autonome. La forte spéculation autour de cette nouvelle technologie résulte de l'approche prospec- tive où la plupart des scénarios convergent vers un phénomène d'intégration rapide, notamment au sein de l'industrie financière. D'un point de vue comportemental, la Blockchain est un contrat social "nouvelle génération". C'est tout à fait la philosophie que nous devons adopter dans nos straté- gies, qu’elles soient politiques ou commer- ciales. Cette mouvance vers davantage de décentralisation est également une source de risque ; pour le secteur public, de perdre en crédibilité et en influence, pour le secteur privé, de subir la concentration vers des monopoles naturels. 

Le e-commerce : un danger pour nos commerces mais une chance pour notre économie ? par Jean-François Parigi

Enjeu d’aujourd’hui et véritable défi de demain, la vente par internet bouleverse la vie des acteurs traditionnels du commerce. Cause ou conséquence d’un changement de mode de vie des consommateurs, il est perçu comme l’un des principaux responsables de la destruction des commerces, mais aussi comme le symbole de notre entrée dans l’âge du numérique et de l’innovation. Un symbole dont les effets sur notre société sont bien difficiles à appréhender. 

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La concurrence entre le e-commerce et le commerce traditionnel est-elle vraiment à l’origine des difficultés de ce dernier ? 

C’est indéniable, qu’ils se situent en centre- ville ou en périphérie, nos commerces souffrent. Longtemps, les uns étaient accusés de tuer les autres, et non sans raison. La prolifération à grande vitesse des grandes surfaces en périphérie avait effectivement tendance à vider les centres- villes et donc à nuire aux commerces de proximité. Pour autant, force est de constater que les deux se sont désormais trouvés un ennemi commun : le e-commerce. Véritable révolution pour le consommateur, concurrent féroce pour le commerçant, contribuable irritant pour l’Etat, les effets du e-commerce sur notre société sont pour le moins contrastés. Il faut dire que nous avons su les anticiper que trop peu.

Il est certain qu’en l’état actuel des choses, le e-commerce contribue nettement aux difficultés qu’ils connaissent. La principale raison à cela est la suivante : il correspond au nouveau mode de vie du consommateur qui se déplace de moins en moins pour faire ses courses.

Egalement, sa faible contribution au pro- duit de la fiscalité des entreprises incite les pouvoirs publics, dans le contexte bud- gétaire que l’on connaît, à exercer sur les commerces physiques une forte pression fiscale. Ainsi, la baisse d’activité engendrée par le développement du e-commerce conjuguée à la forte pression fiscale forme un poison mortel pour nos commerces.

Pensez-vous qu’à terme, le e-commerce puisse définitive- ment remplacer nos commerces ? 

Certains diront que la vente par internet ne représente actuellement « que » 8% des achats des français. Mais d’après les dernières estimations, ce chiffre passerait à 15% d’ici dix ans.

Il n’est donc pas trop tard pour sauver nos commerces. Mais une question préalable se pose : souhaite-t-on vraiment sauver nos commerces ? Ou considérons-nous que leur disparition va simplement dans le sens de l’histoire ? Pour ma part, la disparition de nos commerces n’est pas concevable, elle annonce aussi la mort de nos villes ! Et pour l’éviter, chacun des acteurs a un rôle majeur à jouer.

Que proposez-vous pour concilier ces deux modèles de consommation ?

Tout d’abord, l’outil numérique est une chance à la condition que les commerçants s’en saisissent. Internet leur offre beau- coup d’opportunités dont ils n’ont plus les moyens se priver. Tout l’enjeu pour eux sera de concilier le rôle d’internet et celui du magasin. Le magasin à un bel avenir devant lui à condition qu’il propose des prestations nouvelles (conseil, services, praticité...) le rendant indispensable, à côté du e-commerce.

Ensuite, une réforme fiscale d’ampleur s’impose à l’Etat. Notre système d’imposi- tion, au national comme au local, n’est plus du tout adapté aux réalités économiques que l’on connaît. La pression fiscale qui pèse sur les commerces est trop forte. Celle qui pèse sur le e-commerce est trop faible : un rééquilibrage s’impose.

Pour les commerces, je propose par exemple la création de zones franches en centre-ville afin de leur donner un peu « d’air », le temps de la réforme.

Enfin, la dernière solution concerne col- lectivement l’Etat et les collectivités et plus précisément l’aménagement du terri- toire. Trop d’erreurs ont été commises ces trente dernières années par manque de vision sur le long terme. Elles ont abouti à un phénomène bien connu désormais qui est la désertification des villes.

Une réconciliation est possible entre inter- net et nos commerces traditionnels, mais cela demandera un travail collectif de la part de l’ensemble des acteurs. Sachons pour une fois anticiper pour conserver l’équilibre harmonieux de nos acteurs économiques et de nos territoires. 

Pour 20 € sur le darkweb, vous devenez cybercriminel ou cyberterroriste par Alexandra Valetta Ardisson

Elue Députée LREM en Juin 2017, elle siège au sein de la Commissions défense et des forces armées, Alexandra Valetta Ardisson est Rapporteur de la mission d’information sur la Cyberdéfense. Parallèlement elle est membre du comité exécu- tif du groupe Français de l’Union Inter Parlementaire (UIP) qui est l’organisation mondiale des Parlements des États souverains (créée en 1889, il s’agit de la plus ancienne des institutions internationales à caractère politique). Elle est Présidente du groupe d’études sur les conditions d’accueil des migrants et elle est Vice-Présidente des groupes d’amitié France- Émirat Arabes Unis, France- Monaco et France-Italie. L’espace numérique est un nouvel espace de conflic- tualité difficile à appréhender. Civil ou militaire, public ou privé, national ou européen, il nous impose un nouveau schéma de protection face à une menace incolore, inodore et sans saveur. 

L’actualité s’ouvre de plus en plus sur des cyberattaques. Faut-il s’y habituer ?
Comme le rappelait Guillaume Poupard, directeur général de l’ANSSI, « personne n’est à l’abri », ni les Institutions, ni les entreprises, ni les citoyens. Les cyberat- taques sont quotidiennes et leur progres- sion exponentielle. Nous n’en avons pas assez conscience car ce n’est pas visible. Nous devons nous y habituer mais nous ne sommes pas les seuls. Le gouverne- ment allemand a été attaqué en 2018 et, la semaine dernière, la ville d’Atlanta. Nous faisons face à une menace mondiale où chacun est une cible.

L’Assemblée nationale s’est-elle saisie du sujet ?
Les Députés sont mobilisés, dans toutes les Commissions. Cinq groupes d’études vont être mis en place sur les enjeux du numé- rique, dont celui sur la cybersécurité et la souveraineté numérique. Lorsque des personnes ou des biens sont attaqués de l’ex- térieur, c’est la souveraineté de l’État qui est menacée. Nous activons alors notre arsenal capacitaire de cyberdéfense. Or, en matière cyber, le long terme c’est 2 minutes. Nous venons de voter la nouvelle LPM, qui prévoit 1 500 cyber-combattants supplémentaires sur les six prochaines années. Les effectifs sont ainsi portés à 4 000 hommes.

Nous n’avons toutefois pas attendu pour nous réunir et travailler. J’ai régulièrement participé aux travaux de la CyberTaskForce depuis mon élection. D’initiative privée, elle rassemble les ministères, l’ANSSI, le Parlement, la CNIL, des OIV, des PME afin de mieux appréhender cette menace protéiforme et polymorphe. 

Vous êtes co-rapporteur de la mission d’information parle- mentaire sur la cyberdéfense. Quel est son objectif ?

La cyberdéfense, c’est aussi la question de nos capacités offensives. La France fait partie des leaders sur les questions cybernétiques et nos capacités se renforcent sur les deux volets. En cas de conflit avec une puissance étrangère, l’Assemblée reste impliquée. Mais dans ce nouvel espace, tout reste à définir.

Cette mission a donc pour objectif de faire un état des lieux, d’amorcer une réflexion sur l’état de la menace et enfin de pro- poser quelques pistes de réflexions, d’ac- tions à mener.

Concrètement le cyber, civil ou militaire ?
Les deux ! Il y a un continuum que l’on comprend bien lorsque l’on intègre qu’avec le numérique, la notion de frontière n’existe plus. Lorsque 10 ou 30 000 de nos PME sont attaquées simultané- ment, ou que nos grands groupes comme Saint-Gobain ou Renault sont touchés, 

ce sont les intérêts économiques de la France qui sont impactés. Cela peut avoir des conséquences sur le bon fonctionne- ment des services publics, des collectivités, des administrations...

La difficulté, c’est que le même individu sera soit cybercriminel s’il souhaite ran- çonner ces cibles, soit cyberterroristes s’il cherche à déstabiliser l’État. Cela pose des problèmes de périmètres, de com- pétences et de réactions. Or, pour 20 € sur le darkweb, vous devenez cybercri- minel ou cyberterroriste. Le développe- ment ces dernières semaines des RaaS (Ransomware as a service) nous promet des attaques massives auxquelles nous ne sommes pas encore prêts.

Emmanuel Macron évoque régulièrement la « souveraineté ouverte » de la France. Pouvez- vous vous l’expliquer ?

Pour la première fois, les défis posés par le Numérique sont portés au plus haut niveau de l’État car Le Président de la République, Emmanuel Macron, a bien compris que ces défis ne sont pas uni- quement les enjeux de demain, mais aussi ceux d’aujourd’hui. Aujourd’hui, vous avez les GAFA aux USA, les BATX en Chine et les intentions digitales parfois douteuses de la Russie. Cette géopolitique du cyber est bien appréhendée par le président de la République. L’Europe du numérique est inaudible et enfermée dans ses trilogues et ses négociations.

Pendant ce temps, Donald Trump a signé la fin de la neutralité du net et le Cloud Act, qui permet la saisie d'emails, de documents et de communications électroniques localisés dans les serveurs de sociétés américaines à l'étranger.

Nous devons avoir un bloc européen commun et uni face aux blocs numériques qui émergent, ou se reforment. Il s’agit là de la défense des valeurs européennes : le respect de la vie privée, l’égalité et la pluralité du net (donc sa neutralité), la non-prolifération des capacités cyber offensives... Cela passe par l’affirmation nette de notre identité et de notre unité sur le territoire de l’Union européenne. 

Agroalimentaire : la France a toute sa place sur le marché mondial par Nicolas Forissier

Maire de La Châtre, petite ville de 5 000 habitants, pendant plus de vingt ans, Nicolas Forissier s’est particulièrement investi depuis le début de sa carrière politique sur les problématiques de la ruralité, de l’agriculture et de l'agroalimentaire en général – des thématiques dont il a eu la charge en tant que Secrétaire d’Etat puis Délégué interministériel.

Il suit de près les problématiques liées à la vie des entreprises pour en avoir dirigé plusieurs, et notamment les questions de financement et de dynamisme à l’export. Député, membre de la Commission des finances, il en est également Rapporteur spécial pour le Commerce extérieur. 

Quel est votre sentiment sur le projet de loi découlant des États Généraux de l’Alimentation, débattu en séance publique à l'Assemblée nationale à partir du 22 mai ?

L’agriculture française est à un point de rupture. Aujourd'hui un agriculteur sur trois vit avec moins de 350 euros par mois. Il faut redonner une respiration économique et financière aux exploitants, leur redonner les moyens d'exercer un métier qu'ils aiment... et qui nous nourrit. Aujourd’hui la France ne compte plus que 500 000 exploitations, soit une diminution de plus de 50% en 20 ans.

Alors oui, l’idée générale des Etats Généraux et du Projet de loi va dans le bon sens. Mais j’attends de voir la concrétisation de ces engagements. Je prends l’exemple du relèvement du seuil de revente à perte : je suis assez dubitatif. Cela va-t-il vraiment profiter aux producteurs ? En revanche, l'inversion du système de construction des prix était une mesure nécessaire, attendue, et je pèserai dans les débats pour qu'elle devienne réalité. Mais je regrette que le Gouvernement privilégie une adoption majoritairement par ordonnances : un débat public est indispensable.

Que manque-t-il au secteur agroalimentaire pour renforcer ses positions à l'international ? On l’oublie souvent mais c’est le 1er secteur industriel en France, et il emploie 430 000 personnes. C’est le 2ème dont la balance commerciale est positive (+ 7,6 milliards en 2017, Ndlr), après l’aéronautique. À côté de fleurons comme Danone ou Lactalis, 98% des entreprises sont des TPME. Il manque clairement un échelon, et c’est vrai pour l'ensemble des secteurs d’activité : la France ne possède que 5 000 Entreprises de Taille Intermédiaire (ETI), contre presque trois fois plus en Allemagne. Il est indispensable de soutenir nos industries agroalimentaires et d’encourager leur présence sur les marchés mondiaux. 

Ce qui fait peut-être le plus défaut, c'est une vision claire et un soutien massif de l’État. J'ai écouté avec intérêt les annonces du Premier ministre sur le commerce extérieur, le 23 février. Encore une fois cela va dans le bon sens ; encore une fois j'attends de voir les actes. S’emparer du sujet du Commerce extérieur est une urgence. Et il faut nommer enfin un ministre qui en ait la charge car c’est la première fois depuis 1995 que ce porte- feuille n’est pas attribué.

La France a-t-elle toujours sa place sur le marché agroalimen- taire mondial ?
Bien sûr ! Elle est la 5ème puissance exportatrice, avec 4,8% de parts de marché. En 2000, elle occupait la 2ème place après les USA... Cependant la France a toujours des points forts, comme son savoir-faire ou une qualité de production reconnus. En 2050, la terre comptera près de 10 mil- liards d’habitants et le mode de consommation des pays émergents se rapproche du nôtre. Il faut produire plus et mieux, en préservant la planète. La France dispose de réels atouts pour contribuer à relever le défi alimentaire mondial et reprendre un rôle de leader. Alors oui, plus que jamais, la France a toute sa place grâce au dynamisme de ses entreprises.

Pour finir, qu’attendez-vous de l’exécutif concernant l’agriculture ?
J'attends surtout qu’il ait une véritable vision, concrétisée par des mesures ambi- tieuses et cohérentes. J’attends de lui qu’il s'engage, que l'on en finisse avec les annonces sans lendemain. Il faut de vraies mesures, adaptées et efficaces. Cela passe par exemple par la mise en place d'une réserve de précaution pour les agriculteurs, qui aille bien plus loin que l’actuelle DPA. Elle doit être simple d'utilisation, puissante financièrement et de long terme. Je la proposerai au vote du Parlement. Comme l’a dit le Président lors de ses vœux aux agriculteurs, l'agriculture française est à la croisée des chemins : on peut soit s’engager sur la bonne voie, soit tergiverser. Et j’attends que le Gouvernement fasse de l’agriculture et de l’agroalimentaire, enfin, une priorité nationale. 

 

Les territoires ruraux sont aussi une chance pour nos entreprises par Olivier Damaisin

Olivier Damaisin, Député LREM depuis juin 2017, est avant tout fort d’une expérience de terrain : il a d’abord été adjoint au Maire et Vice-Président d’une communauté de communes d’un territoire rural de Lot-et-Garonne. Cet ancien sportif, chef d’entreprise, connaît les atouts et les faiblesses du terroir pour développer et attirer les TPE-PME, mais aussi de grands groupes. Membre de la Commission finances, il entend défendre une ruralité moderne, loin des clichés... 

 

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Vous êtes membre de la Commission des finances, pourquoi avez-vous choisi de siéger dans cette Commission ? 

Comme chacun sait, les finances sont le nerf de la guerre. Nos territoires ruraux ont parfois l’impression, erronée, d’être délaissés par les instances natio- nales. J’ai donc choisi de siéger dans cette Commission pour être au plus près des discussions et des projets, afin de répondre aux préoccupations de ma cir- conscription. Les attentes sont fortes pour nos petites entreprises, pour les commerçants et les artisans. J’ai été chef d’entreprise, je connais les difficultés qu’ils peuvent rencontrer.

Vous nous dites que les attentes sont fortes pour les TPE-PME, quel est le poids d’un néo-député dans cette assemblée ?


Je suis obstiné ! Le sport de haut niveau m’a appris à être patient. Depuis dix mois, j’ai eu le temps de comprendre le fonctionnement des institutions. Je me bats donc aux côtés des entreprises et des élus locaux que je côtoie chaque semaine en circonscription, pour les aider et faire remonter leurs revendications. Je me suis par exemple beaucoup impliqué pour le dispositif « Actions cœur de ville » afin que Villeneuve-sur-Lot et tout le territoire finalement, puisse bénéficier du dispositif. Cela implique des concertations avec les commerçants, de nombreux déplacements dans les TPE.

Quels sont selon vous les atouts et les faiblesses des territoires ruraux ?


Les territoires ruraux sont une chance pour toutes nos entreprises. La qualité de vie y est souvent bien meilleure que dans les grandes métropoles, avec un coût de la vie plus abordable, des services acces- sibles, une vie culturelle riche, une éducation de e bonne qualité et à taille humaine. Les entreprises peuvent aussi compter sur des partenaires institutionnels très accessibles et très réactifs. Ainsi de plus en plus de jeunes acteurs de l’économie numérique s’installent et beaucoup d’initiatives tournent autour du digital.

Nous avons aussi de grands groupes comme GIFI (qui vient de racheter Tati) qui ont besoin de se développer. Ces grands groupes sont une chance pour nos territoires, en matière d’emploi bien sûr, mais aussi sur le plan des investissements locaux, voire touristiques. Sur le plan industriel, ils sont un moteur pour nos économies locales.

En contrepartie, l’effort doit être mis sur la formation. Il y a trop d’offres d’emplois non pourvues par manque de qualification. L’exode des jeunes doit être contenu. Nous devons développer les infrastructures numériques (THD) et routières pour être plus attractifs et retenir les talents dont nos entreprises ont besoin. 

Enfin, quels sont les sujets sur lesquels vous travaillez ou que vous souhaitez porter à l’Assemblée nationale ?

J’ai été nommé Rapporteur spécial sur les régimes sociaux et pensions de retraites, ce qu’on appelle communément les « régimes spéciaux ». L’actualité nous montre à quel point la question est sensible dans l’opi- nion. Je travaille notamment avec Jean- Paul Delevoye (nommé Haut-commissaire à la réforme des retraites par le Président Macron) sur ce sujet, et j’ai déjà auditionné bon nombre de responsables syndicaux et de caisses de retraites. L’objectif est de faire un système équitable et universel pour tous, salariés comme indépendants. Plus généralement, je vais également m’investir sur le sujet de la simplification administra- tive et la réforme de l’assurance chômage qui s’adresse aussi aux dirigeants d’entre- prises, artisans et commerçants. Je pense également à nos agriculteurs qui sont en grande souffrance et qui sont des entre- preneurs à part entière. Là encore, nous devons rendre le système plus universel. 

L'apprentissage : une chance pour les jeunes, des emplois pour notre pays, par Valérie Beauvais

Valérie Beauvais est Député de Reims – Bourgogne depuis juin 2017, succédant au siège d’Arnaud Robinet, Maire de Reims.
Marié à un artisan, la Députée et conseillère régionale connaît bien le monde des TPE et de l’apprentissage.
A l’Assemblée nationale, elle est membre de la Commission du développement durable et de l'aménagement du territoire et Vice- Présidente des groupes d’études « Vigne, vin et œnologie » et « Énergies vertes ». 

Que pensez-vous de l’apprentissage ?


L’apprentissage représente une formule extraordinaire pour commencer une car- rière professionnelle. Le jeune est direc- tement plongé dans le monde du travail, au contact de la réalité. Il bénéficie d’un statut de salarié avec les même droits et la même couverture sociale, d’une rému- nération y compris pendant sa période de formation théorique.

L’apprentissage, ces dernières années, n’avaient pas la cote auprès des jeunes, alors qu’ils peuvent obtenir un diplôme professionnel, identique à celui préparé sous le statut d'élève, y compris pour les diplômes de l'enseignement supérieur.

Ajoutons que les Centres de Formation d’Apprentissage sont le lieu privilégié d'une pédagogie spécifique à l'apprentis- sage de chaque métier. Le jeune va avoir une relation privilégiée avec un maître d’apprentissage qui va lui transférer ses compétences.

Qui peut devenir apprenti ? dans quel secteur et n’y a-t-il pas des difficultés pour trouver une entreprise ?


Pour devenir apprenti, il faut être âgé de 16 à 25 ans au début du contrat d'ap- prentissage et être reconnu apte à l'exer- cice du métier lors de la visite médicale d'embauche.
Les jeunes âgés d'au moins 15 ans peuvent souscrire un contrat d'appren- tissage s'ils ont accompli la scolarité du collège (de la 6ème jusqu'en fin de 3ème). L'apprentissage prépare aux métiers de l'alimentation, du commerce de détail, du bâtiment et des travaux publics, mais aussi à des métiers qui relèvent de tous les autres secteurs d'activité : hôtelle- rie-tourisme, services à la personne, secteur automobile, électronique, métiers d’Art (ébénisterie, tapisserie, etc).

Certains jeunes trouvent difficilement un employeur et c’est dommage ! Il faut que l’Etat encourage les entreprises à embau- cher des apprentis et lève les obstacles juridiques qui limitent leurs initiatives en la matière. 

Y a-t-il beaucoup d’apprentis en France et quel est le taux de réussite ?


Au 31 décembre 2016, on comptait 412 437 apprentis dans des centres de formation publics et privés, dont 152 489 dans l'enseignement supérieur, du BTS au diplôme d'ingénieur, ainsi que 36 279 apprentis dans des lycées.

L'apprentissage reste un moyen d'inser- tion performant. Au 1er février 2016, sept mois après leur sortie de formation en centre de formation d'apprentis, 64,9% des apprentis de niveau CAP à BTS ont un emploi. Par ailleurs, lorsqu'ils travaillent, plus de la moitié des jeunes formés par la voie de l'apprentissage ont un emploi à durée indéterminée (54,5%).

A vous entendre, l’apprentis- sage est une formule idyllique. Pourquoi la France est en retard sur ses voisins européens ? 

Effectivement, sans vouloir polémiquer, l’apprentissage a été le gâchis du quin- quennat précédent. Si les entrées en apprentissage ont semblé repartir, c’est en raison de deux mesures conjoncturelles :

- L’aide TPE apprentis pour les embauches d’apprentis mineurs qui fut une mesure à court-terme par excellence pour « doper » l’apprentissage avant les élections prési- dentielles, mais ce nouveau dispositif n’a fait qu’ajouter à l’illisibilité des aides, aux antipodes d’une vraie réforme structurelle.

- La forte hausse des contrats d’appren- tissage dans le public (+ 25%), l’Etat compensant et masquant le manque d’élan des entrées dans le privé – les embauches dans les services de l’Etat ont été multi- pliées par 5 et concernent des apprentis plus qualifiés que dans le public.

De fait, il s’agissait d’une hausse en trompe l’oeil : les embauches d’apprentis ont baissé de 2,3% dans les entreprises de plus de 10 salariés. La baisse s’élève même à 4,1% dans les entreprises de 50 à 199 salariés.

Aujourd’hui, l’apprentissage peine à se remettre des allers-retours opérés sous ce dernier quinquennat en matière de cadre juridique et fiscal, la confiance des acteurs étant durablement entamée.

Tournons-nous vers l’avenir. Des mesures vont être prises. Les soutiendrez-vous ?


Le Gouvernement a effectivement proposé une réforme qui devrait profondément transformer le modèle de l’apprentissage en France.

Plusieurs propositions vont dans le bon sens. Les apprentis bénéficieront d’un statut plus attractif. Ils verront leur rému- nération augmenter. Tous les jeunes d’au moins 18 ans percevront une aide de 500 euros pour passer leur permis de conduire. Ceux qui souhaitent s’orienter vers l’apprentissage, mais qui ne dis- posent pas des compétences requises, auront accès à des prépa-apprentissage.

Les freins seront levés pour permettre aux entreprises de s’engager dans l’appren- tissage : une seule cotisation alternance sera prélevée au lieu de deux aujourd’hui. Tout contrat en alternance sera financé. La possibilité d’embaucher des jeunes en apprentissage sera ouverte tout au long de l’année. Une aide à l’embauche unique ciblée sur les TPE-PME et sur les niveaux bac et pré-bac sera mise en place. Par ailleurs, les conseils régionaux se verront confier des responsabilités en matière d'information sur l'orientation.

Avec mes collègues du Groupe Les Républicains, nous étudierons le texte avec attention, approuverons les bonnes mesures et en proposerons d’autres pour l’améliorer. 

L'économie de la montagne par Xavier Roseren

Xavier Roseren est Député en Marche de la Haute- Savoie depuis juin 2017.

Commerçant à Houches, il s’implique depuis 2001 dans la vie communale, d’abord en tant qu’adjoint et puis Maire de 2014 à 2017. Il a même siégé en tant que Vice-Président de la communauté de communes de la Vallée de Chamonix en charge du tourisme depuis 2009. Xavier Roseren est membre de la Commission des finances de l’Assemblée nationale, membre du comité de massif des Alpes et Co-président du groupe d’études Montagne toujours au sein du Palais Bourbon.

Les territoires de montagne comportent indéniablement des spécificités propres qui représentent des richesses pour notre pays, à condition de les prendre en compte et d’adapter les normes à ces particularités. Dans le cas contraire, ces territoires rencontrent des freins, notamment du point de vue de leur développement économique. 

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Quel constat pouvez-vous faire aujourd’hui en ce qui concerne l’économie de la montagne ?


Les gouvernements passés et les parle- mentaires ont bien pris conscience de la nécessaire adaptation des lois à ces ter- ritoires. C’est la raison pour laquelle il y a eu la loi « montagne » dont l’Acte II date de 2016. Cependant, ces textes ne vont pas assez loin dans de nombreux domaines comme par exemple en matière d’urbanisme. Il faut donc travailler encore sur le sujet afin de faire de ces particularités une réelle richesse pour ces territoires comme pour le territoire national. Un constat doit donc être fait sur l’ensemble des problématiques liées à la montagne et des solutions doivent être construites en partenariat avec les acteurs concernés. C’est dans ce sens que je souhaite œuvrer en tant que Président du groupe d’étude « Montagne » à l’Assemblée nationale.

Le Gouvernement s’est fixé l’objectif de 100 millions de touristes en 2020. La Montagne a-t-elle son rôle à jouer ? 

Indéniablement oui et le Gouvernement en a bien conscience puisqu’une partie des mesures annoncées lors du deu- xième comité interministériel du tourisme concerne la montagne.

Il faut noter qu’aujourd’hui, le ski français a perdu son leadership puisqu’en 5 ans, la France est passée de 1er domaine skiable mondial à 3ème après les Etats-Unis et l’Autriche. Si nous voulons relever cet objectif, il faut donner aux territoires de montagne les moyens de le faire !

Comment redonner aux mon- tagnes françaises leur leadership mondial ?

Déjà par des moyens financiers. Dans l’es- prit collectif, les communes de montagne sont riches car touristiques. Cependant, pour être attractifs, les acteurs doivent réaliser de lourds investissements dans les infrastructures. Pour les communes par exemple, les dotations de l’Etat ne prennent pas suffisamment en compte ce poids dans le calcul du montant des dotations. A cela s’ajoute également le fonds de péréquation qui représente aujourd’hui une charge conséquente pour ces communes. Un rapport sera rendu sur ces sujets cet été. Il faut également résoudre la problématique du logement, pour les touristes comme pour la population permanente qui peine parfois à trouver un logement à des prix raisonnables. Des avancées ont été faites dans la loi de finances rectificatives pour 2017 sur la taxe de séjour et les plateformes de location comme Airbnb. Enfin, d’autres sujets doivent appeler notre attention comme le travail saisonnier, les délégations de service public des remontées mécaniques, l’attractivité notamment pour les jeunes...

L’économie de la montagne se limite-t-elle au tourisme ?

Le tourisme est une part importante, notamment dans les stations de montagne. L’offre tend à se diversifier sur toutes les saisons et il faut encourager les initiatives en ce sens. Mais l’économie de la montagne ne se limite pas au tourisme. Les montagnes ont de nombreux atouts. Je pense ici à l’agriculture avec la filière lait et les indications protégées telles que l’AOP et l’IGP, l’agro-pastoralisme qui est indispensable au maintien des paysages et à la biodiversité de la montagne ou encore la filière bois qui tend à se struc- turer comme avec le process de certification « bois des Alpes » dans la commande publique. Les territoires de montagne s’inscrivent aussi dans la transition énergétique : je pense ici aux structures d’hydro-électricité qui peuvent se développer grâce aux nombreuses sources présentes en montagne. D’autres activités pointues sont également présentes en montagne comme le décolletage dans la Vallée de l’Arve. Dans le cadre de mon rapport spécial sur le programme « Développement des entreprises » de la loi de finances, j’ai noté que de nombreuses mesures ont été prises en faveur de l’in- novation et de l’industrie du futur. Une attention particulière doit en outre être apportée aux pôles de compétitivité dont la phase 4 va débuter l’année prochaine. 

La construction de logements, un chantier à part dans l'économie française par Jean-Luc Lagleize

Jean-Luc Lagleize, Député de la Haute-Garonne, est impliqué de longue date au niveau local sur les sujets du logement, de l’immobilier, de l’urbanisme et de la rénovation urbaine en tant qu’élu à la Mairie de Toulouse et à Toulouse Métropole.

Il partage ici une réflexion : l’accélération de la construction de logements n’est pas uniquement un enjeu technique réservé aux professionnels du sec- teur, mais un réel change- ment de paradigme visant à améliorer le cadre de vie de tous les Français.

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Le secteur du logement est-il est un secteur économique comme les autres ?
Comme nous l’observons au quotidien, la société française connaît de profondes mutations. Les nouvelles technologies révolutionnent nos manières de vivre, de s’informer, d’échanger, de nous déplacer, de travailler ou de consommer. Toutefois, malgré ces transformations radicales, le logement reste encore et toujours au cœur de nos vies et de notre société. Pour cette raison, le secteur du logement est un secteur socio-économique à part.

Cela ne veut pas dire pour autant que c’est un secteur immobile ou archaïque. Il doit en effet lui aussi s’adapter à nos modes de vie : familles recomposées, personnes à mobilité réduites, mobilité accrue, crois- sance démographique, transition énergé- tique et numérique, etc. Nous voyons aussi comment l’arrivée de nouveaux acteurs, tels Airbnb, fait évoluer nos politiques publiques et nos habitudes.

Quelle serait selon-vous la priorité absolue pour adapter le secteur à ces nouvelles réalités ? Nul doute que pour moi, l’accélération de la construction de logements est une prio- rité de premier plan. Ce grand chantier est extrêmement important ! 

Tout d’abord, trop de Français ont du mal à trouver un logement. Or, chacun de nos compatriotes doit pouvoir disposer d’un toît décent et adapté à ses besoins. C’est une règle fondamentale de notre vie en société, car tout se construit à partir du logement : la recherche et l’épanouissement dans l’em- ploi, la rencontre des autres ou encore l’in- tégration sociale.

Ainsi, qu’il soit locataire ou propriétaire, chaque citoyen doit être assuré de trouver à l’endroit de son choix, en proximité de son emploi, un logement conforme à ses attentes et à ses moyens financiers. Le problème est que la demande de loge- ments n’a cessé d’augmenter dans un contexte de pénurie d’offre, ce qui a entraîné une hausse évidente des coûts pour nos concitoyens et donc de nombreuses diffi- cultés. L’accélération de la construction de logements pourrait donc permettre de remédier à cela.

Quels seraient les bénéfices de cette accélération de la construction de logements ?
Il faut garder une chose à l’esprit : contrai- rement à de nombreux secteurs écono- miques, le secteur du logement est une source essentielle d’emplois non-délocali- sables. Alors que notre taux de chômage est encore trop élevé, nous ne pouvons pas nous permettre de connaître un nou- veau ralentissement ou une nouvelle crise du secteur, comme nous l’avons connu à la 

suite de la crise économique mondiale de 2007. Ce serait donc là un premier bénéfice inestimable.
En outre, ce choc de l’offre aurait une autre externalité positive non négligeable : les nouveaux logements, les bureaux transfor- més ou les logements rénovés seront mieux pensés et mieux réalisés, et participeront donc à l’effort national de transition éner- gétique et écologique. Je tiens à préciser cela car le secteur du bâtiment est un émet- teur majeur de gaz à effet de serre.

Comment favoriser cette accélération dans la construction ?
En réalité, le secteur du logement peut être assimilé à un gros paquebot. Il est à même de subir des intempéries, mais une fois à l’arrêt, il met du temps à redé- marrer et à retrouver son rythme de croi- sière. Il est donc indispensable de créer un environnement législatif et réglementaire favorable et stable pour l’ensemble des parties prenantes.

C’est d’ailleurs l’objet du futur projet de loi portant évolution du logement, de l’aména- gement et du numérique (ÉLAN). Celui-ci vise à libérer le foncier constructible, accélé- rer l’acte de bâtir en simplifiant les normes de construction et les procédures admi- nistratives, favoriser la transformation de bureaux en logements, ou encore à digitali- ser le secteur du logement. Il ne nous reste plus qu’à retrousser nos manches pour les débats à venir ! 

Pour baisser les impôts, il faut baisser les dépenses publiques par Eric Ciotti

N’oublions jamais cette vérité première : l’argent public est d’abord le produit des impôts. Ce rappel exige qu’on utilise cet argent avec parcimonie, afin que chaque euro dépensé soit utile et efficace. Car maîtriser les dépenses publiques est la seule condition pour faire baisser les impôts. 

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L’économie est d’une logique implacable : notre dette publique ne cesse d’augmenter car les dépenses annuelles du budget de l’État sont plus importantes que nos recettes. Le budget de la France est en déficit depuis

1974. Résultat, notre pays doit emprunter pour pouvoir rembourser ses créanciers. Et s’endetter toujours plus...
Ce cercle vicieux conduit au paradoxe sui- vant : alors même que notre déficit public a baissé, pour atteindre 59,3 milliards d’euros en 2017 contre 75,9 milliards un an plus tôt, cette diminution du déficit n’a pas permis de réduire la dette, qui conti- nue à s’accumuler. 

On assiste aujourd’hui à la dérive d’un État glouton qui a également contaminé certains élus locaux qui pensent que l’on peut dépenser sans compter l’argent public ! 

La France est ainsi parvenue à être à la fois la championne d’Eu- rope des impôts et de la dépense publique. Avec une fiscalité insup- portable et une dette qui continue d’augmenter car nous dépen- sons trop, notre pays perd sur les deux tableaux.

Quelques chiffres ont de quoi nous faire frémir. Notre dette est désormais de 2 218 milliards d’euros, soit 66 milliards de plus qu’en 2016. La dépense publique de notre pays représente 56% du PIB... et elle ne cesse de croître.

Les dépenses de l’État, elles, vont encore augmenter de 7,3 mil- liards d’euros en 2018. Dans le même temps et pour la première fois dans notre histoire, le taux des prélèvements obligatoires a franchi la barre des 45% !

Chacun semble s’être habitué à cette situation intolérable. Nous en oublions presque que la dette freine déjà lourdement notre compé- titivité et peut être mortelle pour notre économie.

Par immobilisme, par manque de courage politique ou par amateu- risme, rien n’est fait pour endiguer ce phénomène. Jusqu’à quand allons-nous accepter cette situation ?

Si rien n’est fait, notre pays risque tout simplement la faillite. Si rien n’est fait, ce sont les générations futures qui rembourseront ces dettes. Il est facile, trop facile, de dépenser l’argent public. Il est facile, trop facile, d’investir et de réaliser des grands projets sans compter ce qu’on dépense... Il est bien plus diffi- cile de faire ces mêmes projets sans aug- menter la fiscalité. A court terme, chaque Français constate sur sa fiche d’impôts

une augmentation massive de la fiscalité. Depuis son élection en mai 2017, Emmanuel Macron a instauré 8 impôts et taxes sup- plémentaires. En 2018, c’est plus 4,5 milliards d’impôts selon l’Insee, et autant de pouvoir d’achat perdu par les Français. La hausse de la CSG de 1,7 points pour des retraités ayant travaillé toute leur vie est injuste. 8 millions de  retraites subissent, dès cette année, une hausse de CSG de 25%.
Dans le même temps, les entreprises n’ont vu aucune baisse de leurs charges. Pourtant, tout ceci est logique. Ces hausses d’impôts sont la conséquence du manque d’effort du Gouvernement pour lutter contre le gaspillage de l’argent public. 

Il est temps de dire stop et de mettre un terme à un système qui marche sur la tête. Une remise à plat de notre fiscalité s’impose. Aujourd’hui, il faut rendre leur liberté aux Français et baisser leurs impôts massivement. Il faut baisser massivement la fiscalité des classes moyennes et rendre l’impôt plus juste.

Nous vivons dans un pays où les initiatives privées sont nombreuses et où les talents ne demandent qu’à s’exprimer. Ayons le courage de défendre la participation des salariés dans l’entreprise – vieille idée gaullienne – pour renforcer les mécanismes d’intéressement qui profiteront à l’ensemble des salariés et augmentera leur motivation.

Baissons massivement les charges sur les entreprises, notamment pour ceux qui décident d’embaucher en CDI ou qui investissent sur la jeunesse, afin de créer de l’emploi qui permettra de faire rentrer de l’argent dans les caisses de l’État.

Oui, il faut dire stop aux contraintes fiscales et aux règlements absurdes qui créent une chape de plomb sur notre économie. C’est le seul moyen de redonner à la France la compétitivité dont elle a besoin pour affronter les défis qui se présentent à elle. 

Stop au mythe de la cagnotte ! par Jean-Michel Fourgous

Bonne nouvelle ! Pour la 1ère fois depuis la crise financière de 2008, la plus grave depuis les années 1930, la France repasse sous la barre des 3% de déficit public, règle fixée par les trai- tés européens, avec un déficit de 2,6% du produit intérieur brut (PIB) en 2017.

Pour autant, même si la Commission européenne devrait ainsi sortir notre pays de la procé- dure pour déficit excessif, pouvons-nous bomber le torse et crier tous en cœur, Cocorico ? Malheureusement, rien n’en est moins sûr... 

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Un effet mécanique

L’Insee souligne en effet que la baisse du déficit est essentielle- ment conjoncturelle : elle s’explique principalement par le retour de la croissance, avec 2% l’an dernier, ce qui entraîne mécani- quement une hausse des rentrées fiscales, notamment de la TVA (+7,6 milliards d’euros), sans une baisse réelle des dépenses publiques. Pis, ces dernières n’ont cessé de progresser.

Elles ont ainsi augmenté de 2,5% en un an, pour s’élever selon Eurostat à 56,4% du PIB, un des records du monde, contre seu- lement 44,2% en Allemagne ou une moyenne de 46,3% en Union européenne...

Une cagnotte ? Quelle cagnotte ?

Dans ce contexte, le plaidoyer de Joël Giraud, le Rapporteur géné- ral du budget à l’Assemblée nationale, pour une redistribution partielle de la prétendue « cagnotte fiscale », plutôt que de l’affec- ter au désendettement, semble être assez risqué...

En effet, comment peut-on parler de « cagnotte » lorsqu’en 2018, les dépenses totales de l’État atteindront 424,7 milliards d’euros, contre 417,4 milliards en 2017 ? De même, comment utiliser un tel terme alors que le déficit de l’État s’élèvera à 82,9 milliards d’eu- ros à la fin de l’année prochaine (contre 76,5 milliards d’euros en 2017), soit une hausse de 6,4 milliards d’euros ?

Des dépenses excessives qui entrainent d’ailleurs une fiscalité, elle aussi, excessive ! Selon l’INSEE, les impôts vont ainsi augmenter de 4,5Mds d’euros en 2018 : les neuf millions de retraités qui connaissent, depuis le début de l’année une augmentation de 25% de leur CSG peuvent en témoigner.

Quant à notre dette publique, elle est passée, de 2016 à 2017, de 2152 à 2218Mds d’euros, ce qui représente une augmentation de 66Mds d’euros ! Résultat, elle frôle les 100% du PIB, en hausse constante, contrairement à de nombreux pays en Europe qui ont, eux, réussi à la contenir, puis à la faire diminuer, parfois de manière spectaculaire, comme en Allemagne, aux Pays-Bas ou en Irlande...

C’est pourquoi, dans l’indifférence générale, certaines voix mettent en garde sur le risque de bombe à retardement financière qui n’a jamais été si près d’éclater. « Attention au réveil douloureux ! », clame ainsi le Président de la Cour des comptes.

Rien qu’en 2018, la France empruntera davantage sur les marchés financiers qu’en 2017 : 200 milliards d’euros, du jamais vu depuis 10 ans ! C’est grave car le jour où les taux d’intérêt remonteront, et ce jour-là finira bien par arriver, notre pays sera pris à la gorge ! L’Etat, en cessation de paiement, ne pourra plus assurer les trai- tements ni les retraites de ses fonctionnaires !

Il est donc temps d’affirmer haut et fort que notre ennemi, ce n’est pas la Finance ! Notre ennemi, c’est la dette !

Alors, comme le suggère très justement l’IFRAP au sujet des dépenses publiques, pourquoi ne pas appliquer un principe de précaution ?

Défendons nos territoires !

C’est pourquoi, face à ce contexte d’incertitude au niveau national, plutôt qu’une redistribution de la cagnotte, beaucoup d’élus locaux tirent davantage la sonnette d’alarme sur la suppression de la taxe d’habitation ! C’est le principe même de l’autonomie de gestion des collectivités locales qui est en danger !

De plus, comment une telle mesure va être financée ? Le risque n’est-il pas que cette taxe soit (une nouvelle fois) remplacée par une énième usine à gaz fiscale ?

Poser des questions sans tabou, écouter nos entrepreneurs qui font le dynamisme de nos territoires ou bien encore proposer des mesures audacieuses... Telle est la mission de « Génération Entreprise – Entrepreneurs Associés » dont cette belle revue porte fièrement l’ambition !

Alors, bonne lecture à tous... et vive l’entreprise ! 

Santé et bien-être au travail : l'affaire de tous ! par Bernard Perrut

Bernard Perrut est député du Rhône depuis 1997. Il a été premier adjoint puis maire de Villefranche-sur- Saône de 2008 à 2017, mais aussi conseiller régional Rhône-Alpes et président de la commu- nauté d’agglomération Villefranche-Beaujolais.
Sa formation universitaire, ses expériences dans l’ad- ministration puis comme avocat, et ses mandats élec- tifs l’ont conduit à s’engager pour le développement économique, la vie des entreprises, l’aménagement du territoire, l’agriculture, l’insertion, le handicap, le travail et la santé...

Il a présidé le Conseil National des Missions Locales pour la formation et l’emploi des jeunes, et est désormais très impliqué dans la mise en place d’un Groupement Hospitalier de Territoire en tant que pré- sident du conseil de surveil- lance du centre hospitalier Nord-Ouest. Comme maire de Villefranche, dynamique ville moyenne proche de la Métropole de Lyon, connue pour sa gestion rigoureuse et sa maîtrise des dépenses de fonctionnement, il a tou- jours privilégié les investissements afin de soutenir les entreprises et l’emploi.

Membre du Bureau de l’Assemblée nationale de 2002 à 2017, il est actuel- lement vice-président de la commission des affaires sociales, et siège au sein de la Délégation des collectivités territoriales et de la décentralisation. 

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En matière de prévention faut-il parler de santé au travail ou bien-être au travail ?
On remarque qu’il y a un glissement sémantique intéressant, il y a quelques années encore nous parlions uniquement de santé au travail, aujourd’hui le sujet central est le bien-être. L’Organisation mondiale de la santé définit le bien-être au travail comme un état d’esprit dyna- mique caractérisée par une harmonie satisfaisante entre les aptitudes, les besoins et les aspirations du travailleur, d’une part, les contraintes et possibilité sur le lieu de travail d’autre part. Etudes après études, on constate que plus un employé se sent bien au travail, plus il est efficace. Les entreprises ont compris cela et elles investissent dans la prévention.

Qu’en est-il alors des enjeux liés aux nouveaux modes de travail ?
Comme dans toute évolution il y a du bon et du moins bon. La numérisation du travail peut poser des problèmes de déconnexion. En effet, nos courriels sont accessibles par- tout, tout le temps grâce à nos smartphones. Plusieurs milliers d’employés ne peuvent s’empêcher de les regarder le soir, le week- end ou pendant leurs vacances. Pourtant il faut assurer aux employés une période de repos nécessaire pour que la qualité de leur vie n’en pâtisse pas. D’un autre côté, plu- sieurs entreprises proposent à leurs sala- riés de faire du télé-travail. Grâce au gain de temps du trajet, les salariés peuvent tra- vailler davantage, prendre plus de temps pour leur vie privée et pour faire du sport. Ce qui est bénéfique aussi bien pour les salariés que pour les entreprises. On entend parler aujourd’hui de nouvelles formes de pathologie comme le burn-out ou le bore- out, le fait que ces concepts prennent de plus en plus de place est le signe d’une évolution, la quête de sens dans son travail est maintenant une priorité.

La prévention santé a donc définitivement été remplacée par le bien-être au travail ?
Ce sont deux sujets connexes mais diffé- rents. Les entreprises continuent de tra- vailler avec les assurances et les syndicats sur la prévention des risques au travail, par exemple, sur les troubles musculo-squelet- tiques ou les risques psycho-sociaux. Mais les besoins de prévention ne sont plus les mêmes, au-delà de la prévention des acci- dents, les employeurs doivent intervenir sur une prévention visant des expositions professionnelles plus subtiles. Dans cer- tains cas Les grands classiques de la pré- vention ne suffisent plus, et les actions de prévention montrent leurs limites. La prévention d’aujourd’hui n’est plus seulement verticale, elle passe par une implication opérationnelle des collaborateurs.

On parle beaucoup des salariés mais que faut-il penser de la pré- vention chez les indépendants ? On estime que les travailleurs indépendants sont plus de 3 millions aujourd’hui en France et leur profil a beaucoup changé. Les indépendants « traditionnels » que sont es exploitants agricoles, les commerçants, les professions libérales etc. sont déjà bien organisés autour d’une communauté pro- fessionnelle et leurs risques ont déjà été en partie mutualisés. En revanche, il existe un véritable défaut de protection concernant les travailleurs de plateforme tels que certains chauffeurs ou livreurs, et ce alors qu’ils font partie des plus exposés au risque. Les seules solutions qui existent actuellement viennent du privé et elles sont souvent trop chères pour le niveau moyen des revenus des auto-entrepreneurs. L’enjeu sera de structurer un dialogue social afin de trouver des solutions sociales adaptées à la spéci- ficité de leur situation. Le travail du législa- teur peut être de mettre les assureurs, la sécurité sociale, les complémentaires santé et les autres acteurs autour d’une table pour organiser des solutions de prévention pour ces nouvelles formes d’emploi. 

Défendre le bon sens pour nos entreprises françaises par Virginie Duby-Muller

Virginie Duby-Muller est Députée de la 4ème circons-cription de la Haute-Savoie depuis le 17 juin 2012,membre de la Commission des Affaires culturelles et de l’éducation, de la Délégation aux droits des femmes, et de la Commissionsupérieure du Numérique et des Postes.Elle est 1er Vice-Président du groupe Les Républicains à l’Assemblée nationale.

Diplômée de Sciences Po Grenoble en 2000 (section Service Public) et d’un DESS Économiste d’Entreprise (UPMF Grenoble), elle fut collaboratrice par-lementaire de Marc Francina, Député-Maire d’Evian-les-Bains, et de Jean-PierreLe Ridant, Député de Loire-Atlantique à Paris de 2002 à 2007.

De 2007 à juin 2012, elle fut responsable de la permanence d’Annemasse de Claude Birraux, Député sortant etConseiller Général.

Elle devient Conseiller départemental du canton de Saint-Julien-en-Genevois,en mars 2015, et fut Vice-Président du Conseil départemental en charge des Affaires transfrontalières et européennes jusqu’en juillet 2017. Elle fut égalementPrésident du Syndicat mixte d’aména-gement du Genevois (SMAG) de 2015 à 2017, et Président du Conseil du Léman.

En tant que parlementaires, nous contrôlons l’action du Gouvernement, mais nous nousdevons aussi d’être force de proposition.Parmi nos armes pour agir : les proposi- tions de lois. Nous sommes souvent aler- tés par nos concitoyens sur des pratiques législatives qui fonctionnent mal, qui les ralentissent voire les handicapent.

J’ai ainsi été interpellée en mars 2018 par un article de presse relatant la situationubuesque dans laquelle se retrouvait le chef d’entreprise d’une PME. Il venait de recevoir un courrier de 9 pages de l’Inspec- tion du travail, l’alertant sur une soi-disant fraude réalisée par l’un de ses salariés. Le« fraudeur » en question... utilisait ses tickets restaurant le week-end ! L’anecdote peut faire sourire, mais les conséquences de cette situation sont dra- matiques : l’Inspection du travail, après avoir réalisé une « enquête » au McDonald’s, là où la « fraude » a été constatée, demande au chef d’entreprise de leur transmettre une fiche d’identité pénale détaillée sur son entreprise, et de joindre, pour le sala- rié concerné, de nombreuses informations personnelles : état civil, numéro de sécu- rité sociale, identité des parents, adresse personnelle, courriel personnel, statut, contrat de travail, bulletins de paie et rele- vés horaires... Et si le chef d’entreprise, qui a, on peut facilement l’imaginer, bien mieux à faire de son temps, refuse d’ob- tempérer, il pourra être sanctionné parune amende de 4ème classe, par salarié. Soit 135€/salarié.

Je suis restée marquée par cette histoire.

Comment peut-on en être arrivé en France à sanctionner un chef d’entre- prise, pour l’utilisation de ticket restau- rant de son salarié (qu’il a lui-même en partie payé) le week-end, dans un restau- rant ? Leur but premier n’est-il pas de leur permettre à chacun de gagner du pouvoir d’achat ? Le pouvoir d’achat et le panier de consommation de nos concitoyens doit-il est contrôlé entre la semaine et le week-end ? Les chefs d’entreprise, comme l’Inspection du Travail, n’ont-ils pas mieux à faire de leur temps ?

En réalisant plusieurs recherches législatives, je me suis rendue compte que le Code du Travail prévoit une réglementation particulièrement stricte concernant les titres-restaurant : cet avantage ne peut être utilisé que dans la zone géographique dans laquelle il lui a été remis. Un salarié de Haute-Savoie utilisant un ticket restaurant dans une aire d’autoroute du Sud de la France, même pendant ses heures de travail, serait ainsi « hors-la-loi ». L’utilisation du titre-restaurant est également interdite le dimanche et les jours fériés, à moins qu’il s’agisse d’un jour de travail. Elle est aussi limitée à un montant de 19 euros par jour.

Ces dispositions ont été instaurées en période de prospérité économique. La situa- tion en France aujourd’hui est tout autre : avec la crise économique des dernières années, la montée du chômage, les hausses d’impôts, et malgré une timide reprise depuis 1 an, nous ne pouvons-nous permettre d’handicaper davantage les français.

Le manque de souplesse actuel du Code du Travail sur l’utilisation des titres-restaurant se montre très problématique : chrono- phage et coûteux pour les chefs d’entre- prises, qui se retrouvent dans des procé- dures administratives délicates avec leurs employés ; improductive et injuste pour les salariés, qui ne peuvent profiter au mieux de l’avantage que peut représenter un ticket restaurant pour leur pouvoir d’achat ; et des enquêtes interminables pour l’Inspection du travail, alors que d’autres probléma- tiques urgentes et stratégiques doivent mobiliser les inspecteurs.

Aussi, à l’heure où nous devons changer la culture de l’administration vis-à-vis des entreprises et des contribuables, j’ai donc voulu défendre une mesure pragmatique, de bon sens. Ma proposition de loi, enregistrée par le Bureau de l’Assemblée nationale le 21 mars 2018, propose d’assouplir l’utilisation des tickets restaurant dans le Code du Travail, pour garantir leur but premier : assurer le déve- loppement d’une aide au repas bénéficiant d’un régime fiscal et social favorable, tant pour les entreprises que pour les salariés. Concrètement, mon texte modifie le Code du Travail pour y autoriser l’utilisation des titres-restaurant tous les jours de la semaine et dans l’ensemble de la France. Je propose aussi de doubler le plafond journalier de dépenses possible en titres-restaurant (de 19 euros à 38 euros).

Pour la croissance et le développement de nos entreprises, mais aussi pour le pouvoir d’achat des français, je pense qu’il n’y a pas de petits combats. La France a trop souffert ces dernières années d’une culture « anti-patrons », voire « anti-entreprise ». Nous devons tout mettre en œuvre pour garantir un bon sens administratif à l’égard de nos concitoyens. C’est un combat que je souhaite continuer à mener.

Aérodrome de Gap-Tallard : Quand l'aéronautique devient écosystème économique par Patricia Morhet-Richaud

Patricia Morhet- Richaud est Sénatrice desHautes-Alpes depuis 2014.Très investiedans la vie politique locale, son engagement date de2001 au moment où elle sera deuxième adjointe

au Maire à Lazer. Elle occupera les fonctions de Maire de 2007 à 2017 etVice-Présidente de la communauté de communes du Laragnais. Patricia Morhet-Richaud est Vice-Présidente de la délégation sénatoriale auxentreprises, membre de laCommission des affaires économiques, elle trèsimpliquée dans différents groupes d’études liés à la chasse, au tourisme, à l’agriculture, à la filière bois et à l’élevage.

Il existe dans nos territoires de véritables pépites. Encore faut-il quela législation française eteuropéenne ne soit pas unfrein à leur essor et que les services administratifs fassent confiance à l’esprit d’entreprise des femmes et des hommes qui en font des secteurs dynamiqueset compétitifs.

 En tant que Sénatrice des Hautes-Alpes pouvez-vous nous citer un exemple ?

Bien sûr, l’aérodrome de Gap-Tallard qui regroupe des activités économiques, de loisirs et de formation. Il faut dire qu’avec ses paysages alpins et son ensoleillement méditerranéen, ce site bénéficie de 330 jours de vol par an. Les loisirs proposés sont multiples : baptême de l’air en planeur, vol en parapente, ULM, saut tandem en chute libre, survol en hélicoptère, en montgolfière, stage de pilotage... Au fil des années, les activités se sont diversifiées et de nouvelles pratiques ont fait leur appari- tion comme dernièrement avec l’ouverture d’un simulateur de chute libre.

Qu’est-ce qui fait la spécificité de l’aérodrome de Gap-Tallard ?

La relation étroite qui existe entre tous les acteurs fait de l’aérodrome de Gap-Tallard un pôle de compétitivité exceptionnel, au rayonnement international, malgré son relatif éloignement avec certains grands aéroports tels que Marseille-Provence (160 kilomètres) ou Lyon Saint-Exupéry (215 kilomètres). La zone d’activités qui s’est étendue sur la commune de Tallard a permis l’implantation et le développe- ment de nombreuses entreprises, toutes spécialisées dans l’aéronautique. Certaines excellent dans la fabrication d’ULM, pièces pour l’aviation de loisirs, de wingsuits ou paramoteurs d’autres dans la mécanique, la maintenance ou la peinture d’hélicoptère, ou d’avion. Certains prestataires sont aussi reconnus pour des travaux aériens tels que le transport, la prise de vue, ou encore les secours. L’aéropôle, situé à l’entrée sud des Hautes-Alpes, affiche désormais complet puisqu’il abrite également deux hôtels, deux restaurants, deux bars et compte de nom- breux autres commerces aux alentours. Cette synergie entre collectivités territoriales et professionnels a permis de créer une véritable dynamique puisqu’à ce jour plus de 300 emplois sont liés à cette activité.

La dynamique du site repose t’elle uniquement sur le tandem collectivités territoriales - entreprises ?


Non, la bonne santé du site c’est aussi grâce à la formation et aux différentes filières professionnelles mises en place localement. Depuis plus de 15 ans, des conventions de partenariat entre l’Université d’Aix-Marseille et les acteurs de la formation ont donné naissance à l'alliance POLYAERO qui regroupe notamment : Armée de l'Air, Ecole des Officiers de l'Armée de l'Air, Ecole des Sous-Officiers de Rochefort, Lycée Pierre Mendès France de Vitrolles et Aristide Briand de Gap, ParisTech Arts et Métiers d’Aix en Provence... Cette fructueuse collaboration a permis d’ouvrir depuis octobre 2016, le Centre d'excellence de formations aéronautiques POLYAERO Hautes-Alpes.

POLYAERO se caractérise par des parte- nariats avec des entreprises de référence ; AIRBUS Helicopters, SAFRAN Group. Ces actions de formations aéronautiques sont orientées vers les domaines du maintien de la navigabilité, du support et de la main- tenance. L’originalité de POLYAERO est de permettre l’accès à la formation pour des étudiants et pour des professionnels ayant un parcours civil ou militaire : la formation initiale, l’apprentissage, la formation conti- nue (reconversion, demandeur d’emploi,) et la Validation des Acquis de l’Expérience

Comment améliorer les offres de formation ?

Il est important que les futurs collaborateurs soient opérationnels dès leur sortie d’école. C’est pourquoi, le monde de l’entreprise et celui de l’enseignement doivent être ouvert l’un à l’autre, pour faciliter les échanges et améliorer l’em- ployabilité des jeunes diplômés.

Les liens de confiance établis entre la communauté éducative et le secteur industriel permettent d’adapter conti- nuellement les formations à un secteur en perpétuelle évolution, où les perspec- tives d’embauche sont bien réelles. Ce mode de fonctionnement ne devrait pas être une exception bien au contraire. Les formations devraient systématiquement répondre aux besoins des territoires et aux attentes des professionnels.

Entrepreneurs et élus, ensemble pour défendre l'attractivité du territoire et de l'emploi par Guillaume Chevrollier

Membre de la Commission Aménagement du territoire et du déve-loppement

durable, de la délégation aux droits des femmes et à l’égalité des chances entre les hommes et les femmes, Guillaume Chevrollier est aussi investi à l’Assemblée Parlementaire de laFrancophonie. Il est cadre dans une entreprise privée.

L’entreprise doit être réha- bilitée à sa juste valeur. Elleest un pourvoyeur d’emplois certes. Mais l’entreprise doit aussi être appréhendée et comprise comme un acteurstructurant qui crée unedynamique de développement territorial. Il serait bon qu’en-trepreneurs et élus se mettent plus souvent autour d’une table pour définir les contours d’un projet local et pérenne.C’est là un grand défi.

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Comment est structuré le tissu économique mayennais ?
La Mayenne, on l’imagine agricole. Et agricole uniquement. Cette réalité est tron- quée ! Le moteur historique, c’est l’agri- culture et l’agroalimentaire. Les turbines, c’est notre industrie, constituée de fleu- rons internationaux sur leurs marchés, et des entreprises à patrimoine familial très ancrées localement.

J’échange régulièrement avec le Président du Medef Mayenne, PDG du groupe Actual, Samuel Tual, sur les atouts de notre terri- toire. Pour lui, la Mayenne est « une terre d’équilibre où l’écosystème est favorable à l’entreprise. La valeur Travail y a un sens particulier. Comme partout, l’avenir du ter- ritoire dépend de la pérennité de ses entre- prises. Elles attendent de la stabilité pour plus de visibilité, de la simplification pour plus d’efficacité et de la liberté pour plus d’expérimentation. »

Comment concilier ruralité et modernité ?
Le monde rural regorge d’idées novatrices et sait produire de la valeur ajoutée aussi bien économique qu’environnementale. Il est conscient de ses atouts et sait que, pour dynamiser son attractivité, il doit faire le pari de la modernité. Ce pari peut être gagné grâce au déploiement du Très haut débit, révolution industrielle indispensable pour lutter contre le désenclavement de nos territoires ruraux, mais aussi le développe- ment des nouvelles technologies. En 1999, le Maire de Laval, François d'Aubert, a com- pris très vite la nécessité de dynamiser, au cœur de la ruralité, la création d’activités nouvelles orientées vers l’industrie du futur. Lorsque, sous son impulsion, se créée le Centre de la réalité virtuelle, Laval se posi- tionne alors comme un acteur précurseur et innovant de la réalité virtuelle et augmentée. Pour la 20ème édition cette année est orga- nisé le salon International des Technologies et Usages du Virtuel qui rassemble startups, multinationales, laboratoires de recherche.

Comment attirer des compé-tences sur un territoire commela Mayenne ?
Avec un taux de chômage de 6,2%, l’enjeu pour la Mayenne, c’est de trouver des com- pétences en adéquation avec les besoins de l’entreprise. Plus de 2 000 emplois sont à pourvoir ! J’attends beaucoup de la réforme de la formation professionnelle et de la promotion de l’apprentissage.

Aussi, il est fondamental de repenser la relation entre l’entreprise et le salarié qui souffre d’une crise de confiance. Il faut favoriser la participation du salarié aux fruits de l’entreprise, créer un sentiment d’appartenance fort, et maintenir un équi- libre entre la recherche de la compétitivité des entreprises et les conditions de travail des salariés. Réinjecter de la souplesse dans l’organisation du travail augmentera la productivité des salariés.

En ce qui concerne l’attractivité, « les entrepreneurs attendent de l’Etat et des collectivités locales la mise en place de projets structurants pour favoriser la connexion du territoire au monde par les axes routiers, le ferroviaire et le très haut débit » selon Samuel Tual. « Une politique volontaire avec des mesures de bon sens au service de l’intérêt commun. »

Quelles relations entre l’Etat et l’entreprise ?
Que chacun reste bien dans son rôle. L’économie française a trop longtemps souffert d’une hypertrophie de l’Etat qui a infantilisé l’entreprise. Le colbertisme à la française. La tentation protectionniste, la centralisation de la politique indus- trielle : c’est fini. Pour autant, le dialogue doit être maintenu et entretenu. C’est l’une des préoccupations du Sénat, qui a à cœur d’accompagner croissance et emploi sur les territoires. La Journée des entreprises qui rassemble entrepreneurs et élus en témoigne. Cette année, nous avons échangé sur les moyens à mettre en œuvre pour améliorer l’adéquation entre les candidats à l’emploi et les besoins des entreprises. L’Etat doit jouer un rôle de facilitateur pour libérer l’entreprise, et créer un environnement propice à son développement.

La société de confiance vue par le Président de la commission spéciale du Sénat par Jean-François Husson

Le projet de loi pour un Etat au service d’une société deconfiance, dit projet « droit à l’erreur », a été examiné par le Sénat les 14 et 15 mars derniers. Le Président de la Commission spéciale livre ses réflexions sur le contenu d’un texte qui promet plus qu’il ne donne et sur la procédure novatrice suivie par le Sénat pour son adoption.

 

Les opinions sont très partagées sur ce projet de loi. Certains évoquent une révolution copernicienne de l’administration, d’autres parlent de texte fourre-tout. Quelle est votre point de vue ?

La quasi-totalité des personnalités que nous avons auditionnées pendant les tra- vaux préparatoires comme des Sénateurs de la Commission ont relevé le caractère très hétéroclite du projet de loi qui comporte des mesures générales d’améliora- tion des relations entre l’administration et le public mais aussi des mesures secto- rielles assez saugrenues dans ce contexte comme, par exemple, sur les modes de garde de la petite enfance.

Pour autant, je suis convaincu que l’administration de l’Etat, des collectivités locales ou des organismes sociaux doit être atten- tive, bienveillante et loyale à l’égard de son public, personnes physiques, entreprises ou associations. Pour aller dans le sens de l’efficacité et de la confiance, il faut former les agents, simplifier le droit, évaluer objec- tivement les expérimentations pour mettre en valeur les bonnes pratiques.

Pour les entreprises plus particulièrement, quelles sont les avancées proposées par ce texte ?


Le texte contient de nombreuses dispositions favorables aux entreprises : droit à l’erreur, droit au contrôle, limitation de la durée cumulée des contrôles administratifs. Le Sénat a voulu rendre plus opération- nelles ces mesures, assurer qu’elles ne resteraient pas des paroles en l’air. Par exemple, nous avons prévu que l’administration doit procéder au contrôle dans un délai de six mois. Nous avons aussi décidé que le contribuable sera expressément informé des points que l’administration considère comme conformes à la loi fiscale à l’issue d’un contrôle et que les réponses de l’administration fiscale aux demandes de rescrit seront publiées, dès lors que celles-ci ont une portée générale et impersonnelle. Sur un autre sujet, le Sénat a limité la durée cumulée des contrôles administratifs sur les très petites entreprises à six mois sur une période de trois ans, car elles méritent un traitement différent des PME. Ces améliorations pourraient être gardées dans le texte définitif, malgré l'échec de la Commission mixte paritaire entre Sénateurs et Députés qui est intervenue du fait de l'Assemblée nationale sur le sujet de l'éolien maritime !

En tant que Président de la Commission spéciale, vous avez demandé que le Sénat examine une partie du texte selon la procédure de la « législation enCommission ». Quels sont sesavantages ?

Nous avons en effet inauguré la procédure de législation en Commission qui permet de ne pas refaire en séance publique un débat qui a déjà eu lieu en Commission. Nous l’avons fait de manière partielle, sur certains articles du texte - 12 sur 70. Cette procédure permet de gagner du temps tout en respectant toutes les règles d’un débat démocratique. Le choix de l’appliquer doit recueillir l’accord de tous les groupes politiques et c’est le point le plus délicat. Cette procédure est particu- lièrement intéressante, pour peu que les sujets soient techniques. Elle montre que le Parlement, et plus spécialement le Sénat, seul à la mettre en œuvre pour l’instant, sait se moderniser. Les deux Rapporteurs, Pascale Gruny et Jean-Claude Luche, et moi-même sommes ravis de cette première expérience. J’espère qu’il y en aura d’autres.

Quelles leçons tirez-vous de cette présidence de Commission spéciale ?


Nos travaux se sont déroulés dans une ambiance à la fois sereine et attentive. En réunions plénières et en auditions des Rapporteurs, plus de 100 personnes ont été entendues.
Je regrette cependant que le Gouvernement ne soit pas dans une attitude de confiance vis-à-vis des parlementaires. Sur ce texte qui ne comporte finalement que des mesures plutôt consensuelles, il a dès sa présentation engagé une procédure accélérée (nb. qui ne prévoit pas l’aller-retour entre l’Assemblée et le Sénat) et il a intégré 14 habilitations à légiférer par ordonnance, ce qui signifie que l’on écarte la représentation nationale de la fabrication de la loi. Il est clair que le monde nouveau n’a pas encore atteint les relations entre l’exécutif et le Parlement !

Repenser la politique économique de la France avec ses outre-mer par Maina Sage

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Consultante en communication, Maina Sage est nommée ministre polynésien du Tourisme et de l’Environnement en 2007 avant d'être élue par deux fois à l’Assemblée de Polynésie française de 2008 à 2017. Elle est élue Députée en juillet 2014. Réélue en juin 2017, elle siègeau sein de la Commission des lois ainsi quede la Commission des affaires européennes.

Quels sont les grands enjeux de développement pour la Polynésie française ?


Les réalités de cette collectivité de 275 000 habitants sont uniques dans la République. En plein cœur du Pacifique Sud, à 8h du premier continent, la Polynésie est en effet composée de 118 îles dispersées sur 5 archipels qui s’étendent sur une surface maritime grande comme l’Europe ; environ 5,5 millions de km2. Notre premier défi est donc de répondre aux difficultés structu- relles que représentent cet éclatement géo- graphique, l’éloignement avec l’hexagone et la présence de micromarchés. Dans ce contexte, les connectivités terrestres, mari- times, aériennes et numériques sont une clé essentielle du désenclavement durable de nos îles. A ce titre, le gouvernement local a présenté, en début d’année, un plan « Smart Polynesia » qui comprend le déploiement de nouveaux câbles sous-marins et de satellites pour un accès généralisé au très haut débit dès 2025.

Au-delà des enjeux internes de développe- ment, le désenclavement de la Polynésie passe par un plus grand ancrage régional. Là est l'avenir de nos territoires ultra- marins en général : sortir d'une relation bilatérale classique "d'assistance nationale" pour envisager de réels partenariats "gagnant-gagnant" avec l'Etat mais aussi avec l'ensemble des acteurs de leur bassin régional respectif.

Enfin, il ne faut pas oublier l’hyper vulnérabilité de nos îles aux enjeux climatiques qui menacent de s'intensifier dans le temps. Il est plus que nécessaire et urgent d'envisa- ger une réponse nationale à la hauteur des enjeux, ce qui passe par un véritable soutien à des politiques solidaires d'atténua- tion et d'adaptation. A ce titre, nous avons défendu la création en 2017 et le maintien en 2018 d'un équivalent Fonds vert dédié au Pacifique (prêts à taux zéro désormais élargis à l'ensemble des Outre-mer).

Que pensez-vous du potentiel économique de la mer ?
Les zones économiques exclusives (ZEE) ultramarines représentent plus de 90% de l'espace maritime français, les deux tiers sont dans le Pacifique et la moitié en Polynésie ; faisant de la France le 2ème domaine maritime au monde. Son potentiel est une évidence encore trop ignorée dans l'hexagone et parfois dans nos propres territoires. Notre premier enjeu est donc de changer les perceptions nationales voire territoriales sur ce sujet. Un premier colloque a été organisé en novembre dernier à l'Assemblée nationale pour promouvoir ces atouts, en partenariat avec le Cluster Maritime Français et la Fédération des Entreprises d’Outre- mer (FEDOM). Nous poursuivrons par des propositions d'incitations à l'inves- tissement dans des projets innovants et durables au profit notamment des populations les plus isolées. Sans oublier son potentiel énergétique, l'océan est un formidable atout pour l'avenir de la Polynésie qui souhaite trouver un équilibre entre développement et préservation. L'une des réponses se trouverait aussi dans la création d'un crédit carbone bleu !

Concrètement, quels outils proposez-vous pour soutenir
le développement économique des Outre-mer ?
Nos territoires, malgré leurs contraintes géographiques et économiques doivent demeurer attractifs. Lors de mon premier mandat j'ai pu œuvrer à la stabilisation d'outils d'aide à l'investissement qui ont été prolongés à 2025. Il me paraît évident aujourd’hui de devoir apporter des garan- ties suffisantes aux entreprises pour leur (re)donner confiance et ainsi faciliter la décision d’investir et d’embaucher dans les Outre-mer. Cela passe par plus de visibilité et de stabilité pour les stratégies et outils de développement, mais aussi par une plus grande efficience des pro- cédures. Une redéfinition des outils est en cours dans le cadre des Assises des Outre-mer. Veillons à ce qu'ils soient à la fois incitatifs, partagés et durables.

 

Notre revue GEEA : Un autre regard sur l'industrie

La croissance pour rien ? par Olivier Dassault

Les bonnes nouvelles économiques s’accumulent et pourtant les Français ne voient rien venir. 

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« Tout vin a sa lie » dit le dicton, même les meilleurs.

L’économie française 2018 est un bon cru. Les indicateurs se redressent, les signaux sont au vert et les prévisions bonnes. L’Insee annonce 2% de croissance en moyenne, du jamais vu depuis 2011. Les économistes jubilent, les politiques, actuels et passés, com- mencent à en réclamer leur part et les commentateurs qui vouaient la France aux gémonies renouent avec l’esprit cocardier.

Et les Français dans tout cela, sont-ils condamnés à la lie ?

Au nom de « la transition énergétique » ils ont vu le prix des carburants augmenter après des décennies de promotion étatique du diesel. Pour les habitants des centres villes piétonnisés, faisant leurs courses en vélo, c’est indolore, pour ceux des campagnes et des périphéries, c’est une attaque contre leur pouvoir d’achat. Transition ne doit pas rimer avec punition. Une transition est un passage d’un état à un autre, de manière lente et graduelle, l’in- verse parfait du couperet de la punition, immédiate et brutale.

Au nom de la sécurité routière, le gouvernement veut abaisser la vitesse autorisée sur les axes secondaires à 80 km/h. La chasse à l’automobiliste continue comme si posséder une voiture était un luxe ou une vanité et non une nécessité absolue pour l’immense majorité de nos concitoyens.

Enfin au nom de la santé publique, le prix du tabac a augmenté.

L’enfer français est pavé de bonnes intentions gouvernementales.

Prises indépendamment ces décisions se comprennent ; ensemble, elles sont une attaque contre la ruralité. Les habitants de nos vil- lages n’entendront pas que l’économie française va mieux car ils n’en voient pas la traduction dans leur vie, au contraire.

Une croissance sans augmentation du pouvoir d’achat rend les exercices d’autocongratulations odieux aux oreilles de ceux qui ne font que payer ; c’est l’inverse du « bon esprit » de Fénelon : beau- coup de mots pour dire peu ; c’est inutile.

Dans le contexte intellectuel et réglementaire actuel nous arri- vons au bout de nos possibilités économiques. 

Comme le rappelait récemment Nicolas Baverez, trois problèmes empêchent la France de renouer avec la croissance : l’économie avec une compétitivité en berne et une désindustrialisation record, le social avec une société paupérisée, bloquée et fragmentée et le financier avec une dette publique au-delà de 100% du PIB.

Sans réformes radicales, le chômage va rester élevé car les entreprises ne trouvent pas à embaucher. Selon l’Insee, un recru- teur sur trois se plaint d’avoir des difficultés de recrutement. Peut- être serait-il temps de revoir notre système de formation au sein de nos universités, de nos écoles et de faire des choix stratégiques pour avoir plus d’ingénieurs et de scientifiques qui en sortent chaque année ?

La révolution culturelle que GEEA défend est celle où les forma- tions proposées sont en adéquation avec le marché du travail. La religion du diplôme doit céder le pas à celle de l’employabilité.

Il est également temps de créer le marché du travail du 21ème siècle où flexibilité et mobilité soient la norme dans un environne- ment sécurisé pour employés et employeurs. Il faut faire tomber les citadelles réglementaires et en finir avec les luttes de classe entre salariés avec un contrat unique qui soit en même temps suffisamment souple pour l’employeur et protecteur pour le travailleur.

Il est essentiel que la pression fiscale sur les contribuables diminue et que les salaires augmentent. Ouvrir le travail à tous c’est aussi per- mettre au travail de payer plus que tous les dispositifs d’aides sociales réunis, sans cela, le chômage stagnera toujours entre 9 et 13%.

« Les miracles économiques sont moins ceux de l’inspiration que de la transpiration » pour paraphraser Paul Krugman ; pour en devenir un, la France doit retourner au travail par tous les moyens.

Dans le cas contraire les bonnes nouvelles macroéconomiques pourront bien se succéder, les Français voyant l’absence d’effets positifs sur leurs vies, continueront à se détourner du politique, se réfugiant dans l’abstention ou chez les extrêmes. Malgré les chan- gements politiques de 2017, il est toujours minuit moins deux à l’horloge de l’apocalypse. 

Petit déjeuner autour de Jean-Cyril Spinetta

  En présence d’Olivier Dassault, Jean-Michel Fourgous, Thibault Bazin, Valérie Beauvais, Grégory Besson-Moreau, Pascal Bois, Jean-Claude Bouchet, Jacques Cattin, Olivier Damaisin, Loïc Dombreval, Jean-Pierre Door, Jean-Jacques Ferrara, Laurent Garcia, Yannick Haury, Alain Houpert, Jean-Luc Lagleize, Marc Le Fur, Véronique Louwagie, Gilles Lurton, Emmanuel Maquet, Maxime Minot, Christophe Naegelen, Bernard Perrut, Frédéric Reiss, Laurence Trastour-Isnart, Pierre Vatin, Arnaud Viala, Philippe Vigier, Stéphane Viry

En présence d’Olivier Dassault, Jean-Michel Fourgous, Thibault Bazin, Valérie Beauvais, Grégory Besson-Moreau, Pascal Bois, Jean-Claude Bouchet, Jacques Cattin, Olivier Damaisin, Loïc Dombreval, Jean-Pierre Door, Jean-Jacques Ferrara, Laurent Garcia, Yannick Haury, Alain Houpert, Jean-Luc Lagleize, Marc Le Fur, Véronique Louwagie, Gilles Lurton, Emmanuel Maquet, Maxime Minot, Christophe Naegelen, Bernard Perrut, Frédéric Reiss, Laurence Trastour-Isnart, Pierre Vatin, Arnaud Viala, Philippe Vigier, Stéphane Viry

« Et si nous prenions un train d’avance ? »

autour de Jean-Cyril Spinetta, Auteur d’un rapport sur l’avenir du transport ferroviaire